l’apolitisme utopique
La psychanalyse ne promet aucune utopie sociale, à ce titre elle est ex-centrique à la politique qui est le discours de la promesse, même si la promesse des biens a cherché à se légitimer à nouveau entre la jouissance de la guerre et les lendemains enchantés. Si elle ne peut souscrire à une quelconque utopie comme fantaisie collective, elle s’inscrit comme réactionnaire de supposer une adaptation et au lien social et à la disjonction du désir au coeur de chaque sujet. Elle suppose cependant une autre visée que le roc freudien, les effets de passe qui devraient libérer le parlêtre du bornage de son inscription sans pour autant en faire le fou du manège. Pour le moins il semble que la version compulsive universitaire et scientifique du discours hystérique serait la sortie modérée et de fait conformiste de l’affaire. Il ne semble pas que ce qui passerait libérerait grand chose dans l’exploration du réel et que l’on demeure, à ce titre, dans l’expérience singulière de réécriture.
Le parlêtre se trouve soumis à l’épreuve de son désir qui lui signe l’extrahome comme ce lieu d’exercice électif , lieu qui lui apparaît effrayant d’être ainsi sans ce bornage originaire , sans ce bornage mais aussi sans le cadrage social conventionnel qui mesure son commerce sexué. L’ouvert qui s’offre à lui est tout autant le lieu d’une épreuve dont il se sent justement incapable d’assumer la charge, réduit ainsi par son désir à l’errance d’un lieu à la fois perdu et inaccessible. Il demeure cependant dans l’éclat d’origine d’un destin ontologique alors qu’il n’éprouve que l’articulé d’une logologie , tel ce héros grec, hellène à la poursuite d’Hélène enlevée selon son désir. Mais l’épouse demeure au foyer tout en préparant les funérailles du héros qui ne reviendra pas de la jouissance de la guerre, s’il revient ce sera pour devoir constater qu’il n’y a jamais que lui qui est parti à la poursuite de cette Hélène qui est dans le discours du désir. Les mots ici ne produisent aucun objet absent mais la terreur, la pitié, la peine et le plaisir de l’évocation de l’objet. comme le dit Mourelatos « s’il en est ainsi , ce n’est pas le discours qui commémore le dehors (parastatikos) mais c’est le dehors qui devient révélateur (mênutikon) du discours»Le discours fait l’être. Hélène est double d’être ainsi ce mot qui la désigne comme plus qu’elle même, car de sa face de chienne elle annonce les terres en friches au retour et le lit pris, chienne qui tout autant se réjouit de la ruine de Troie. Encore faut-il d’une illusion de réalité se défaire au prix pourquoi pas du pharmakon qui livre aux délices du discours qui peut rendre sensible le phâros qui toile de navire est le suaire tissé par Pénélope pour son volage Ulysse. Hélène est ainsi le semblant du corps parfait qui contient l’agalma, ce rien qui agite le parlêtre, pur effet de surface, même si le corps est un local «le nom peut se trouver en plusieurs lieux, pas le corps». L’effet sophistique suspend le fracas des origines.
Hors de l’espace classique où cette dialectique se déploie, la modernité a substitué au pacte symbolique, une simple loi réelle qui ne suppose aucun père symbolique, aucune mythologie fondatrice, et donc un rapport à la jouissance dans des conditions de propriété, monde des signes opératoires à travers lesquels le tripode hystérie-obsession-perversion est devenu schizophrénie-paranoïa-perversion. C’est un monde socialement psychotique où l’autorité n’est plus que persécution et où le différent s’efface dans l’unité singulière d’individu sans épaisseur. L’identification sexuée y est fatalement de l’ordre d’une féminisation signant l’abolition de la différence des sexes. L’anatomie comme destin n’est plus acceptable pour le rectificateur commercial, ce qui écrase considérablement le champ fantasmatique. Comment alors pouvoir penser qu’un pouvoir politique puisse offrir un plus à cette réalité universelle de jouissance hors castration, hors langage, hors inconscient. Le monde occidental regarde la révolution arabe se déchaîner autour d’enjeux symboliques certes un peu déjà ravagés par l’ignorance des Textes, et il faut bien 200 morts en Egypte pour que l’attention soit détournée de la fête estivale.
Le psychanalyste donc fera le mort ou alors sera t il pris du gémissement dont Lacan gratifiait ses analysants in fine, sinon les coups de poing, forme imaginaire du récit qui suppose qu’in fine il y a toujours l’ordre moral rétabli au fusil