jouissance du semblant
Ecrire en intitulé jouissance et terrorisme aurait certainement quelque su que sait dès lors qu’il semblerait relier des termes fortement indexés à cet aspect de l’actualité où à la froideur de la violence d’Etat répond diverses manières de passage à l’acte violents depuis Ravachol au moins. Certes le contexte s’est déplacé et les jeux multiples de manipulations tendent à forger des affects spécifiques à l’individu virtuel qui vit en moyenne assez loin des zones de fureur réelle et reçoit ce réel comme un semblant vidéo. Ce monde du semblant qui assume la forclusion du symbolique au titre d’un langage de pure efficience pratique fantaisie sur une réponse immédiate à sa demande de plaisir qu’il voudra bien sûr hors désir, puisque ce dernier n’est plus situable. Après tout comme dans la pire version compulsive, le fantasme n’est plus qu’un récit krafft ebing de la réalité. Les catalogues sexologiques depuis Sade relèvent effectivement de cet enjeu où le père paillard et joyeux compagnon ne risque plus d’être ce sombre urvater du mythe freudien. Dès lors le parlêtre abandonné à un découpage réel qui n’est certainement pas une coupure de structure peut soit s’abandonner à l’objet universel, c’est à dire l’addictif dont le terme est de fait overdose physiologique ou se réfugier dans l’archaïsme religieux stupide qui essaie comme Schreber de sortir l’Autre de son zimzoum irréversible
Lacan nous propose , avec les formules de la sexuation, un système formel (ou d’allure formelle) qui puisse servir de point d’appui clinique afin de déployer le concept d’amourjouissance, sorte de fantaisie collective dont la forme serait sans doute la trifemme metropolisienne, là encore compulsivement orientée. En effet d’une part nous avons affaire à une quantification, d’autre part à une localisation des mathèmes. D’un côté donc le pôle phallique qui suppose que tout parlêtre est soumis à l’espace borné de la jouissance phallique , et c’est dans cet espace que se déploie le rapport du sujet au phallus, c’est l’espace de la norme symbolique qui organise les rapports des parlêtres entre eux, c’est l’espace structuré par le travail de Levi Strauss... mais cet espace n’existe qu’en rapport avec l’autre séquence du tableau qui , elle, met en jeu deux choses, d’une part des quantificateurs qui, négativant les premiers, introduisent la dimension du pas toute, donc un ouvert, quelque chose qui n’est pas contenu dans et par une limite, et d’autre part des mathèmes spécifiques qui sont à la fois l’objet @ et l’incomplétude de l’Autre . Le fantasme se trouve ainsi articulé comme $<>@ entre les deux parties des formules de la sexuation. C’est le fantasme qui fait l’ouvert dans l’espace phallique, attestant de l’inconsistance du symbolique à tenir l’Un , à tenir à l’Un. L’ouvert d’un Autrejouir s’y déploie , tenant au réel et donc propre à disjoindre l’ordre phallique. Pourtant ce lieu de folie n’existe, de même, que parce qu’il existe un espace phallique. Pas de sexualité féminine sans sexualité masculine. Pas de mystique sans quelque Rome. La sainte Thérèse du Bernin ne peut demeurer que dans la Rome Baroque. Nordey a montré la logique nécessaire qui existe entre La Dispute et Contention. Le point de rapport ou de non rapport du concept d’amourjouissance se situe autour de la question du fantasme , le passage de la père-version à l’@-version. On peut concevoir ici la place des perversions entre le champ des névroses et celui des psychoses, mais tout autant s’interroger sur la notion de fin de cure comme traversée du fantasme. On conçoit que ceci ne peut se lire qu’au prix d’une écriture nodale c’est à dire plus dimensionnée , dont une des composantes est aussi d’éviter le problème de la réécriture des surfaces (nous savons par le témoignage de Petit que Lacan fut soulagé d’être débarrassé par la surface de Boy des difficultés de la ligne d’autopénétration du cross cap)
D’un point de vue pratique et sans doute moins abstrait , il serait utile d’interroger ce concept d’amourjouissance à partir du travail de certains auteurs cliniciens comme Marivaux, Gombrowicz ou Klossowski, afin de dégager les déplacements de l’imaginaire entre symbolique et réel, dès lors que le champ hypnotique entre imaginaire et symbolique confère à l’amour son sens, une jouis-sens, mais la rudesse du concept ici ne va pas trop de saison avec la dérive qui embarque le parlêtre sur une nef semble-t-il au bout de l’imaginaire , c’est à dire hors symbolique
la jouissance du symptôme signe l’ex-istence du sujet au lieu aphasique de la science. Cette jouissance signe le lieu incandescent de la barre réelle en l’Autre, ce par quoi le singulier met à mal l’uniforme du signe. Peut-on faire confiance à un médecin sans symptôme, c’est à dire qui tendrait à prouver qu’un corps peut être normé? C’est une très ancienne légende qui porte au flanc de l’homme la marque démoniaque du réel. La psychanalyse s’invente de porter attention à la jouissance, certes phallique pour Freud, mais la bouche d’or continue à chuter dans les bras des vieillards endormis,
et à ce titre rassure sur un bornage qui convient selon la loi d’un père, sa père-version. Elle cligne ainsi de l’oeil comme Augustine,
à tourner de l’oeil justement, pâleur extrême qui convient à la pudeur qui signe la puissance de l’homme. Le versus peu civilisé, déchaîné, œuvre en la passion du vivre qui bouscule les conventions et le corps abandonné au bras de Charcot,
ne cesse de convulser comme Thérèse au bras de son confesseur. Chaque fois la figure de l’Autre se découpe en horizon. Les messieurs qui regardent Augustine et Charcot se passionnent et s’excitent autour de ce corps qui jouit qu’il ne faudrait surtout plus brûler.
Il faut exorciser encore et en corps, écouter la sainte et brûler la sorcière, qui menace de bousculer l’Autre, il n’est de Dieu que Dieu, il n’est de jouissance qu’en Dieu, fusse au titre du Dieu suprême en méchanceté,
et ta souffrance ne sera point vaine d’être identifiée à la scène totémique du Christ, voilà tu seras Sébastien ou rien ,
rien précisément, et ton travail sera offert à l’Autre, anonyme si tu veux, c’est mieux, le Dieu de Descartes, celui de la Raison, de l’être suprême, celui qui se recouvre d’or grâce à la plus value apportée par la transformation de la marchandise, plus de jouir si vous voulez, en tout cas il faut que ça cesse , que ça s’arrête, on ne peut pas accepter que ça jouisse en corps en ouvert, jouir, j’ouir à mort, jusqu’à la mort, dernier souffle, celui du cher Henry sur son lit de mort, celui de Freud qui accompagne son dernier patient, le souffle pourrissant, Lacan de même , venant conclure , il y a fatalement un dernier qui ferme définitivement la porte derrière lui, et avec lui toute cette histoire qui n’a que trop duré.
Il fut un temps où la mort du père ou du moins sa distraction, scène entre le veau d’or et totem et tabou, cette mort ou presque donc autorisa l’expression d’une certaine liberté que d’aucuns crurent être libératoires. La scène biblique et freudienne vint se heurter à la Loi et donc à ce que Freud posait comme fin de l’analyse. Freud reçut quelques patients la veille de sa mort, bouche ouverte, pourrisante. Quelle fut la date du dernier havane? Lacan , aphasique lui, fit de même. Après, les fils se conformèrent au mythe. Les fils de Freud se convertirent in fine à l’égopsychology. Lacan vint et reprit l’affaire sur la base de la formation transmission . Il en vint à pousser la logique de l’objet jusqu’à une topologie où le vague de la jouissance freudienne pouvait trouver quelques articulations nouvelles. Ses fils se clivèrent très vite famillionnairement entre les tenants de parlêtres sectarisés au pur réel et ceux qui voyaient poindre une utopie nouvelle où le malaise du sens du bornage phallique s’ouvrait sur l’illimité d’un Autrejouir enfin débarrassé du nom. Ces avatars de l’egopsychology et du jungisme newlook ne trouvent raison . Rire de Spinoza. Il est libre à chacun de reconnaître les personnages sur le tableau de Poussin ou celui de Ernst
Dans l’écriture du noeud la tripartition de la jouissance pose l’existence d’une jouissance hors symbolique qui, de fait, s’inscrit en bordure externe de la père-version. qui peut s’en soutenir? dès lors que l’extase qui la phénoménologise s’autorise d’un Autre au lieu consistant de la négation du théologique, mais il n’y a de théologie que négative
Roland Chemama interroge ce concept à l’oeuvre dans la pratique comme abstinence en référence au fantasme ferenczien de la technique active. Des questions s’y trouvent aussitôt liées, que ce soit le caractère somme toute négatif de cette jouissance, ce qu’il en est de la jouissance de l’analyste... une indication cependant serait l’appel justement à une technique active manifestant au moins la jouissance du concept chez l’analyste dont on peut bien penser alors qu’elle manifesterait guère plus que la jouis-sens psychologique. Les mots touchent au corps et peuvent venir combler l’inter-dit.
Pourquoi la psychanalyse ne serait-elle pas moderne au point de participer au désespoir addictif de la marchandise? Après tout, la nouvelle s’est répandue, il n’y a pas d’Autre de l’Autre.
Il y a en tout cas un rapport à l’objet qui est à la fois une recherche (ce n’est pas cela) sur le mode de l’insatisfaction hystérique et un refus ( ce n’est pas cela) sur le mode compulsif noté dès la seconde séance de l’homme aux rats. La question de la négation du signifiant est ainsi toujours à l’oeuvre sur le mode de dire que non au Sn en lieu et place du S1 dont l’horizon horrifique anime tout refoulement. La construction freudienne de la scène primitive offre ainsi un compromis acceptable entre versant imaginaire du fantasme et versant réel.
Ainsi une satisfaction se cherche et se refuse dans la cure, im-médiate auquel le terme de frustation ne répond que s’il est tout autant privation et castration, tout comme l’interprétation qui porte sur le caractère RSI du signifiant. Il n’y a donc pas opposition entre demande de satisfaction et refus dès lors que la “réponse” est toujours dans le nouage des signifiants. Il n’y a en tout cas rien à interpréter du côté d’une visibilité puisqu’il s’agit d’une talking cure. La question est plutôt de positionner le signifiant dans son rapport au fantasme, i($<>@) glisse dans l’entre deux signifiants comme Sn-i($<>@)-Sn’ . La répétition vient ici converger sur le couple S1S2. La résistance est bien sûr électivement orientée par le désir de localiser quelque chose de l’objet de l’analyste pour clore cette sorte d’ ”usure” du signifiant.
On conçoit que l’intervention freudienne soit précisément clôturante puisqu’elle donne le sens de la jouissance phallique, c’est à dire qu’elle pose le signifiant comme sens, question qui agite Ferenczi selon sa passion légitime du signifiant, question qui revient dans la polémique Leclaire-Miller
Pour dire autrement l’analyste ne consiste qu’à la structure, dans l’hors sujet du signifiant. Il n’y a pas d’Autre de l’Autre, le système axiomatique du sujet est non clos. Là se pose une question sur ce qui serait le fantasme du desêtre. D’où l’intérêt du texte de Joyce
etc....