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jouissance de la mélancolie

jouissance de la mélancolie

 

du temps où il avait un séminaire, nous avions tenté d’aborder la question des psychoses et plus particulièrement la question centrale de la mort du sujet, du Cotard et de la mélancolie, sans réussir à produire finalement autre chose qu’un certain radotage reproductif et en tout cas sans grand enthousiasme devant la difficulté de la tache, de sorte que lorsque s’installe la mélancolie du séminaire, nous revoilà au pied du mur d’une question qui s’y redouble, avec l’énigme de l’ombre de l’objet sur le moi, la mort du sujet, l’entre deux morts, ce point commun des structures pourvu qu’elles s’y déploient avec un peu de suivi

 

 

 

 

Melancolia de Dürer, nous gardons à l’orée d’une part le visage Dürer ou de l’ange comme porté d’une sorte d’obstination , après tout n’étant plus encombré des errances imaginaires, il se trouve bien obligé de regarder plus près du réel hors sens et hors discours, et l’objet qui le regarde à son tour est cette étrange figure géométrique en son abstraction fermée, more geometrico, il se livre à quelque ouvrage répétitif, la compulsion de pensée demeurant le souvenir de sa pensée, la figure est encombrée d’érudition, autant d’énigmes vides des concepts sans usage, le vide est devant sans atour, l’activité se vide tout autant de substance, l’irision des choses se dissipe dans l’identique froid des parlêtres, 6,4,2 est la formule de ces ombres gravées sur des pierres tombales de fait, le temps qui se précipite vers son terme est en même temps suspendu, pris à l’insens de l’instant

la gravure date de 1514 il faudrait y joindre le chevalier et Jérôme, il est près à tout, cette écriture même risque de le tenir en quelque plus loin immobile, les figures se répondent comme chez Klossowski Ruiz, question donc sur la nature du réel dont l’éclat hors langage efface le miroitement du vivant, sombre vertu de saisir aussi juste l’énigme pourtant cause du désir qui jusque là le poussait, depuis l’infans rêveur de sexe, l’émoi des regards rougissants, la violence sauvage des passions plus ou moins tarifées, la sénescence oublieuse du possible, et puis le regard unique dans le miroir qui fixe l’ombreux et le fige, l’autre disparait dans cette coupure, réduit au jeu des fonctions, le soulagement des affects a un impact de peur, Dürer essaie alors de saturer l’espace d’un réseau symbolique, pure intellectuation du concept qui ne renvoie à rien

l’ange est ainsi de mélancolie ou mélancolie même, porteur du souffle de l’Autre, joueur du parlêtre qui le sent, le voici sans encrage, pure image sans écho d’un panthéon évidé

il y a ce creux de l’amour au delà de tout écho, l’absence en la présence, comme avec un mort, avec le regard photographié du défunt, il est mort et ne le sait pas encore, il est notre visage mort

notre ignorance radicale où tout velléité d’un savoir quelconque, nulle réponse de rien qu’un vide indifférent, chemin sans fin inutile qui se clôt en quelque lieu sans raison, et tout s’efface d’un coup même pas d’apocalypse qui suppose quelque après

son regard n’est pas inhabité, il vise une profondeur secrète, celle d’un sadisme absolu, regard de l’enfer qui surgit dans ce temps désormais sans butée

l’ange a renoncé à toute action ce que le putto dénie, lui qui ne sait pas encore la vanité de la lettre, lui qui croit sans doute pouvoir se rendre maître de la roue qui s’entraîne dans le tourniquet du semblant, le manège s’arrête, il n’y a pas de tour prochain, et les outils de l’initiation sont au sol, sans objet, le lévrier ne vaut guère mieux, lui qui serait porteur du sens secret des choses, leur chiffre secret 515 des Fidèles d’Amour

Les mâles sont nombreux auxquels elle [la Louve] s'accouple
Et seront plus encore, jusqu'à ce que le Veltro
Vienne, qui la fera mourir à grand douleur.

un Cinq-cent-dix et cinq
Envoyé de Dieu, occira la Rapace
Et le géant qui fornique avec elle.

la ténèbre loin de céder croît, ce que ne mesure ni le compas, ni le sablier, ni non plus le 34 du carré magique aux interprétations fumeuses comme toute pensée, pas plus d’ailleurs que le polyèdre sphérique et quadratique de fait or de pi qui réduit toutes ces spéculations à pas grand chose, l’ombre de l’ignorance se dissout et la mélancolie croit à l’ombre des concepts articulés, efficience de la science sur le réel et ce par un jeu de lettres qui semblent construire un pouvoir qui s’autodétruit

il y a une convergence clinique de ces questions qui culmine autour de la réaction thérapeutique négative, le transfert négatif, le désêtre , dispositif radical où c’est bien de l’analyste réduit à ce pur réel de son être dont il s’agit.

 

le texte se disjoint au son du canon, diverses nécessités plus ou moins fantoches, et depuis le lien d’effacement solitaire, le chien vient à disparaître, je ne suis bien sûr pas là, j’entends l’agonie de loin, des gens parlent et je n’entendrai plus les danses de ses griffes sur le paquet, je ne râlerai plus de ses bêtises, la brioche bouffée dans la nuit, il ne viendra plus regarder qui arrive, joyeux, poser sa tête sur mes genoux, relancer la caresse d’une patte appuyée, réclamer une croute de fromage ou un fond de yaourt , écouter ce que je lui raconte , des choses diverses, il écoute, il n’aboie presque jamais, lorsqu’il joue dans un jeu de poursuites d’objets, jusqu’au bout, je le cherche dans les coins de la maison, je sais qu’il est parti , j’espère qu’il n’a pas froid au paradis des chiens et que Daniel était là pour le rassurer, je me dis qu’il est le très bien du rejoindre

le regard fatigué et dubitatif de l’ange

 

et le visage du chien, devant, la plage et le soleil pâle

 

à nouveau le désordre s’installe, le lierre du tableau est crevé, Kill Bill 1 est dans la ligne du Tarantino, récit stupide, effet assez art martial, du sang et peu de larmes, vague esthétique samouraï , le tout s’aggravant nettement avec Kill Bill 2 , j’aurai presque rouvert un truc sur l’esthétique moderne, un truc sur la musique contemporaine et un sur la contre histoire du cinema,  où serait l’énergie et les horribles travailleurs, les gens comme ombres, enseignants obsessionnels et militants tiers mondistes , sinon bavards et triomphants, sachant tout sur tout, brillants ou alors inaudibles et sans parole, bref adorables, chaleureux auxquels il ne pourrait être reproché que de n’être justement pas mélancoliques, sauf à entendre que le jeu des échanges n’est qu’un masque posé sur le réel

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