je pense à l’Arménie
et cette terre aride sans richesses naturelles, où rien ne pousse que la parole
il demeure des églises perdues dans ce paysage inutile, la fuite des enfants vers un monde meilleur, la ruine du sens
ils regardent vers le trou avide de l’horizon, ce qui échappe... volontairement,
il n’y a vraiment rien que la pierre, demeurer immobile, en attente, presque sans bienveillance, un dur posé sur le réel noueux,
l’homme a rajouté quelques pierres aux pierres pour que puisse enfin se lire la parole effrayée de l’être
comment peut on écrire ainsi à la face de l’Autre, cette certitude du silence, d’autant qu’il y a eut tous ces morts oubliés, forclos
la petite porte ouverte sur le naos refusé, le noeud obscur du contradictoire, la couleur ocre des sols, dont les nuances se perdent à l’infini
l’arrière fond biblique athée cependant
aucune eau naissante à l’horizon du pleur, juste encore et encore la trace d’une ancienne croyance au trinitaire, le temps ultime du chiffre avant l’écrasement dans l’évidence thanatique du sujet statistique
la terre appelée depuis les limites de l’Asie Centrale
les Empires verticaux, les citadelles des cimes abandonnées
aux limites de l’Iran les géants pétrifiés
le souvenir monstrueux des guerres actuelles, toujours, il regarde depuis la frontière fermée les frères d’Azerbaïdjan
la noce cache la mort
mais la nef est vide
la lourde porte arrachée
immeubles éventrés comme citadelle vide
et toutes les roches sont les ombres de ces guerriers dressés au bord de leur tombe
Artavazd Pelechian
l’exigence d’une image invisible, la plus extrême rareté au flanc de cette désolation, ce refus du cinéma qui n’est pas celle du film, au contraire, à l’opposé. Il s’agit de refuser autant la parole, rester sur la portance du signifiant au cœur de la forme qui soutient la venue possible de cette parole, se recueillir en ce lieu, bien avant donc tout discours d’organisation des hommes pour leur bien, leur distraction. Il ne s’agit pas de construire une image montée selon des règles imposant une structure de vraisemblance narrative mais plutôt de rendre sensible la sensualité des formes sans intention. Et ce grâce à une articulation byzantine des formes, hors de la perspective occidentale. Plutôt que de construire un monde d’images animées où finalement l’Autre est cartésien, il est possible d’imager l’Autre au risque de construire derrière Eisenstein l’icône de Staline, puisqu’il y a Tarkovski, puisqu’Andrei Roublev poursuit l’irreprésentable dans la verticale d’un rideau de pluie. L’image pourrait révéler quelque chose, c’est son risque absolu, à condition justement de perdre toute certitude sur l’exposition normée du récit. Tarkovski reprend le travail sur Ivan au delà des ruses avec la censure puisqu’il s’agit d’exposer quelque chose qui n’est pas encore dit. Lenteur immobile du plan, en attente de ... rien. il n’y a pas de montage puisque celui ci suppose l’écriture d’une structure rapportable à un texte écrit. La seule notation possible serait alors musicale et le texte poétique serait le fait de chaque spectateur , un texte en attente et sans doute impossible à consigner comme le texte d’un rêve qui va le scénariser, en le sectionnant, en essayer de noyer les collures pourtant très visibles, appel d’ailleurs à une coupure interprétative sur le rêve qui pourrait le livrer à son @structure