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Godard

 

godard

 

une femme est une femme demeure daté, l’histoire du trio bien sûr se perd dans un bricolage de la bande son, cadrages divers, déplacement du code, après tout le cinéma pouvait très bien être lettriste, il est devenu simplement triste, à cela s’ajoute sans doute les lieux qui tournent entre des chambres, celle du couple, celle de la voisine prostituée, celle de l’amant, et surtout le music hall minable avec ces tables de bistro, on risque un peu de s’endormir mais après tout c’est un rêve, jeanne passe, Anna est belle

 

 

 

 

 

Alphaville

 

Lumière aveuglante, distinction entre le récit et le mythe, plan séquence, Lemmy Caution entre en ville , la caméra ne le lâche pas de l’entrée de l’hotel à sa chambre, il appartient à un monde classique et entre par ce plan dans un monde sans raison autre qu’une logique froide des rapports qui exclue radicalement le langage , ou plus exactement le signifiant, il est là pour son boulot d’espion mais ce n’est pas ce qu’il rencontre puisque le type qu’il devrait ramener ne veut pas puisqu’il semble avoir créer un ordinateur de désubjectivation totale, le problème de la sexualité est réglée puisque le volupté remplace radicalement l’amour, l’ennui est donc le poète, donc Karina lit Capital de la douleur et Barthes ne viendra pas, c’est donc un film complètement fictionnel  et Godard est amoureux de Karina et le spectateur aussi  et finalement nous sommes chez Tarkowski et alphaville est partout

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

Un rond de danse et de douceur,

Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu

C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

 

c’est god/ard trop tard (1)

 

 

 

 

La polysémie cinématique n’est pas un vain mot et la porte s’ouvre ainsi grande pour localiser la mémoire du temps, un siècle de cinéma, un siècle de psychanalyse et la littérature et l’histoire, tout ça en même temps, en refusant le sens univoque, tous les sens possibles, toutes les images, les histoires, les récits, les amours

inutile de dire que l’époque n’aime pas beaucoup ce genre de truc, elle qui se veut concrète c’est à dite mortifère

toujours commencer par un baiser, avant d’organiser les signes selon l’enjeu de la sensation des couleurs ou la portance du signifiant, un homme derrière la camera qui regarde, même d’un oeil, visage fermé, brûlé par trop d’images, polysémie ne veut pas dire fantasme cubique, il y a toujours du hors champ, quelque chose derrière, il va falloir être patient parmi toutes ces horreurs dont il faudra garder l’impératif, des visages brouillés, des scènes perdues qui se confondent, se chevauchent  ou s’enchaînent, qui doublent de partout notre capacité à mémoriser notre propre histoire, nous avons été de tous ces complots, de toutes ces guerres, l’auteur de tous ces massacres, alors il a fallu parcourir tout le champ de la fiction et du documentaire pour rendre visible les fantômes, de formidables machines ont vu le jour pour effectuer cet énorme travail d’épuisement phénoménal, les deux blocs construisent ainsi des fictions rivales, se surveillant, se copiant, après il y eut la mondialisation, ce fut après la fin du cinéma, la fin de la psychanalyse, les rêves comme les peuples ont toujours résisté à cette invasion des images, et pourtant l’espace temps parcouru a épuisé le sens , en même temps toujours que la psychanalyse, laissant des vieillards éblouis de cette aventure et des enfants stupides qui ne peuvent rêver que d’être des soldats, loin de cette incroyable succession de femmes toujours plus belles, lointaines, désirables, c’est aussi le monde des pellicules perdues, oubliées, fragmentaires, des histoires qui n’ont jamais été dites mais qui ont gardé le script de leur possible, enfermant lettre et image dans une boîte unique, désormais toutes les images sont enregistrées pour la banque absolue du document total, tout est visible et l’ignorance envahit tout, reste le théâtre qui résiste à la machine pour peu de temps, malgré son orgueil, la beauté finit quand même par être nazi, irréversiblement, malgré les efforts de tous les cinéastes pour éviter le pire, qui peut encore regarder un film muet en pleurant, la nuit est venue depuis le camp et a recouvert les choses, et la toile demeure l’illusion qu’une vie demeure possible ou du moins a pu exister malgré tout, car la vie s’est retiré dans les silence des salles obscures et  le monde est phénoménalement achevé, il n’y a plus qu’à faire le compte et le photogramme de tous les meurtres possibles, et de transformer en  télévision ces meurtres réalisés par le voisin de pallier, mais il demeure cependant un espace aphasique qui traîne dans l’actuel et sauve la plus stupide émission d’une seule image qui est esthétiquement réelle, ce qui autorise un chuchotement, un visage qui passe comme un frôlement, jusqu’à ce que l’oeil soit arraché, en ce deuil immense dont se souvient une petite fille et puis elle oublie à jamais

 

detective

 

detective est un film de stars au service d’un récit brouillé par le montage, dans cet hôtel il a dû y avoir un meurtre, celui du prince qui doit être un chef maffieux, des policiers enquêtent sans doute entre deux camps, une somme d’argent circule qui doit être rendue ou réinvestie , à moins que ce ne soit l’argent du film, les acteurs connus passent en ordre dispersé, certains ont l’air de rester plus longtemps devant la camera, finalement on se rend compte que tous les récits sont des leurres, ce qui compte l’infini glissement des séquences, l’horreur toujours d’être vivant

 

 

donc Godard

 

la faiblesse au coeur il regarde en face l’enfant violet comme un musée trompeur je te dis cette image celle du manteau qui court toujours trop devant  l’écran blanc à jamais fuir ce visage cet enfant qui rit si belle poitrine nue regard neuf dans la forêt d’origine cet ennui aussi des gens partout qui parlent pour rien elle ne sait jamais l’art est mort toujours et le travail fuit tout est vague comme le sentiment un oiseau pour rien et toujours la lecture et ces amis perdus comme cette histoire qui décidément n’est pas la mienne la tienne si tu veux il fait beau ce printemps et des femmes trop belles n’y peuvent plus rien 

donc c’est fini, je dirai comme le reste, c’est fini parce que le civilisé s’est noyé définitivement dans l’image du spectacle réalisé, un flux sans sujet et donc sans montage, on a filmé le cadavre trop longtemps, des femmes nous regardent depuis le lieu d’avant la coupure, ce temps de l’actif heureux où il était possible de peindre leur corps lumineux, et il y a toujours des regards d’homme assassin sur ces corps de Renoir, le temps enfui des sensations volages, ce frais parfum aimé, corps gracile et onde pure, une main de caresse et puis les loups, attendre sans espoir d’un demain, le pur risque de la pensée, et la fille de robe rouge se retourne sans cesse dans sa fuite, la brutalité a rendu le sexe à sa violence, le détail des objets, vint la douleur, agonie du désir,

 

 

 

Godard enfin

 

Nous avions proposé de situer Godard comme référence d’un certain rapport au cinéma, au titre du montage, du style, et ce parce ses histoires demeurent la monstration qu’il est possible d’éviter la platitude narrative. Avec Passion comme ouverture , nous interrogeons et le rapport à la peinture, et sans doute la question de la musique, de la bande son. Nous invoquons dans le mouvement Ruiz et Greenaway, bref un jeu des formes encore très actives malgré la pseudo-nouveauté redondante de génies modernes

 

      “Une petite ville de province. Une région à l'écart et cependant moderne. Une usine avec une vingtaine d'ouvrières, jeunes pour la plupart et qui acceptent n'importe quel salaire pourvu qu'il y ait du travail.” On nous raconte donc l’exploitation dans sa forme ordinaire, universelle, banale, légalisée. C’est donc un monde plat livré à des conflits sociaux encore, une guerre ouverte entre le rêve interne et un certain réel noyé de brumes lourdes. Le montage va donc jouer sur cette disjonction, après tout tout parlêtre porte en son esprit l’étendue mongole comme le mer infinie furieuse ou argentée. Le texte canonique supposé répondre de la guerre au peuple vient comme citation pour nommer la mise en tableau. La puissance du cinéma est de rendre possible un certain visible qui est de l’ordre du concept, de l’idée qui lient l’hétérogène imagé. On part d’Einsenstein toujours mais la Révolution n’a pas eu lieu ou plutôt a eu lieu. Le fragment ne fait pas sens d’un coup, il demeure irréductible d’un à l’autre et pourtant il va produire du sens , un sens inouï.

      Il faut donc procéder par un jeu d’oppositions entre le narratif et l’appel à la matière colorée de l’image, la perdurance d’un ciel toujours iconique et sans nom. Godard s’efforce de travailler dans la séquence imagée comme si elle ne venait pas en écho à quelque récit établi d’avance, comme si ce récit ne pouvait qu’être un possible tremblant, bref quelque chose d’une image “d’avant’ qui ne serait pas du semblant. On pourrait rêver de Godard tournant Ulysse. On peut aussi songer à ce film qu’il tourne ses histoires où justement la matière filmique est politique, mais sans aucun récit fondateur. Pas de petit père des peuples pour expliquer la voie du camp. L’art est la vie et la vie est l’art. Aucune distinction et donc la création sociale est création de formes, juste après octobre, juste avant 14 à Vienne. La simulation du réel est alors réelle et non plus l’écran derrière lequel le réel se noie. Nous sommes bien du côté de Klossowski dès lors que le plus réel se passe dans le simulacre, non au sens pervers qui est une forme dénégative mais bien en ce que le jeu traverse l’imaginaire. Il s’agit de produire la présence du temps par ce jeu sur le bidimensionnel de la toile, le jeu de la perspective n’est pas ici géométrique au sens du quattrocento mais temporel quantique. De quoi parle la ronde de nuit dès lors que la camera hésite à travers les corps étrangement éclairés?

 

        De quoi parle le trois mai  sinon du meurtre, à moins qu’il ne s’agisse d’une question de point de vue, non pas dogmatique total mais local, ordinaire? Brecht au secours de Goya. Où sommes nous dans le regard portée sur la toile, sur toute image dite d’actualité.

 

 De même cette entrée dans Constantinople où les chevaliers errent dans la maquette à la recherche , quatre sont ils, de la Femme à emporter. Et nous regardons pris dans le récit du récit qui assure la distribution des places.

 

     il y va du syndicat, il y va de la lumière du studio, ainsi que des rapports d’argent, salarié, d’investissement médiatique

Lumière de Rembrandt,  de Goya ou de La petite odalisque

 de Ingres 

histoires d’amour en parallèle, de sexe

 

     Jean-Luc Godard avait déjà fait appel à Velázquez dans Pierrot le fou (1965) 

la lumière se joue du jour et de la nuit 

       Goya alors vient ; suivent : Le 3 mai 1808 à Madrid (1814), La maja nue 

(1799),

 Le parasol  (1777)

 et Charles IV et sa famille  (1804),

 Goya dans la lutte des classes

 

La petite odalisque de Jean-Auguste Dominique Ingres est plus dans l’érotisme

Eugène Delacroix 

 la Lutte de Jacob avec l'ange  (1861)

 comme entrée à la somptueuse Entrée des croisés dans Constantinople  (1840).

 

     il est question aussi de virginité et donc  la Vierge de l'immaculée conception (1613) du Greco. et ça repart avec Watteau   Embarcation pour Cythère  et Pèlerinage dans l'île de Cythère (1717)

 

jeu incessant du non rapport du politique et de l’art "Une image n'est pas forte parce qu'elle est brutale ou fantastique mais que la solidarité des idées est lointaine et juste".

 

     décalage du son, correspondance musicale  Le concerto pour la main gauche de Ravel pour Rembrandt, Le requiem de Mozart pour les exécutions du 3 mai.le son tel portance du signifiant contribue à forcer les limites d’ailleurs assez culturelles 

 "Il faut vivre l'histoire avant de l'inventer",

 "Il faut voir les choses avant d'en parler".

 

        Le visage est apaisé, il cherche la lumière, l’esthétique travaille la matière, bleue, elle marche et fuit, elle croit encore à des bouts de narratif, cette perte longue de nuit, puis de jour, fuir certainement, la traîtrise aux lèvres, il prend des notes, il croit à l’organisation, au pouvoir d’une image savante, il croit, cela la fait rire, elle cache maintenant un sourire entre ses lèvres d’un geste vif, presque enfantin, ne plus être tenu par la rigueur, par rien, il y a toujours quelque part un père qui finit sa soupe, sa dernière, tout le monde s’en moque, dernière parole, dernière image, le cinéma est réel, c’est bien ça le problème, comment filmer la misère quotidienne, jusqu’à la profonde bêtise de la conscience ouvrière du travail bien fait, la police est toujours dans l’escalier pour ramasser les miettes du monde, 

 

toujours la même image, une seule, les autres personnages de Goya circulent parmi les insurgés massacrés, toujours, le visage est toujours celui de la mort, jusqu’au couple royal, toujours le même

toujours ce visage de mort tranquille, toujours

j’ai maintenant le cœur qui saigne, je ne sais pas pourquoi, pour qui peut être, le chef vit dans une pièce minuscule avec une pute, en fin de journée, il lui vient envie de rire de tout ça, mais il ne peut pas, la vieillesse sans doute, le souvenir des orgies qui n’ont pas eu lieu, même pas de souvenir du désir, rien après le calme reviendra, comme toujours, même s’il est définitif, elle reprend son sourire de moquerie, elle aurait pu éviter ça, elle ne l’a pas fait, l’instinct, ce goût de sang, l’inévitable histoire qui bouffe l’image, l’efface, toujours, et puis tout se mélange, le cinéma veut prendre l’ouvrière comme figure, la matière touche au rêve qui use le semblant,

 Einsenstein a échoué tout autant à filmer le travail, personne ne le sait, il y va autant du travail, cette intimité à l’intérieur des images

elle se regarde maintenant dans la vidéo, elle surprend son image qui chante, elle sourit à nouveau, une main sur la nuque souple, encore si belle, au bord de la chute, le chant, la tête qui se détourne, les yeux dans les yeux, toujours, 

la nudité se noie , il regarde, le son soutient son dire mais il reste suspendu et, exceptionnel, il pleure, c’est brusquement la nuit qui tombe, une femme qui passe, vite, il ne sait plus où il va, il neige maintenant,

 cela tient à un couteau qui frappe inutilement , tandis que la camera dérive vers le ciel d’un bleu sans faille, la ville est prise, livrée aux justes, une enfant se sauve vers la rivière, sans doute, l’esclave cherche à fuir, superbe, sans haine, Marx se soutient encore de cela, une passion sauvage, folle, malgré la musique symphonique, contre elle, pas sans le maître qui espère un savoir, tous les conquérants sont stupides, pétrifiés dès que s’impose la beauté, la pause au milieu d’un mot demeure d’une grande force, ils vont donc finir par se battre face à la lumière, malgré les fusils, profil sec du prince qui regarde au loin

cette fois, l’histoire est vraiment comique, dénudée de tout récit, la première fois monte aux berges du fleuve, comme chez Renoir, malgré les cris de l’homme de colère, elle s’offre à l’apaisement, il a presque honte de son attente tranquille, le mot d’adieu est sans pathos, le temps nouveau qui ruine tout ce passé, les différences de fond semblent des plaisanteries, des nuages, le rituel efface la couleur rouge attendue

transparence de la pluie dans le feuillage d’automne, dans les derniers instants ouverts, loin des pistes d’envol mécanique, elle ajuste son visage dans le miroir, avant de partir au loin , là où toute histoire ne pourrait commencer, parmi les danses et les loups, il faut beaucoup de courage pour finir sur ce mot

 

 

Godard

 

         Ouvrir déjà une fiche sur Godard relève de l’impossible, à savoir supposer que le séminaire aura lieu tel quel, au delà des fantaisies institués des actants, contre je dirais même. Procédons par couches, l’institué de chacun ou supposé tel, par exemple l’ALI ou autre chose, du côté des quelques autres, l’Atlante là dedans qui ironise, existant dès le Cerf comme effet direct de la dissolution, résistant d’autant plus à une localisation comme Ecole d’ALI que les dites écoles sont des trucs locaux de pouvoir et depuis que MD est à l’ALI, l’ironie de la mer des Sargasses est totale. Alors le séminaire est trine comme RSI, le sinthome comme lettre, le cine comme image, la mélancolie comme logiques, c’est à dire non aristotélicienne. Si nous tenons à RSI, c’est à dire si RSI nous tient au niveau du bien dire, éthique donc du réel, il doit être possible de construire son erre à la fois depuis la clinique certes mais aussi selon quelques conséquences qui suivent les traversées de cas comme Joyce, Godard ou Wittgenstein.

         Il convient alors de pouvoir tenir d’une même main un champ conceptuel mouvant bien qu’exigeant une précision extrême. L’errance du regard suivra celle de la voix, derrière le semblant derrière le bureau de Lacan, toujours l’Origine du monde de Courbet

 

ou encore l’otage japonais du groupe Zarkaoui, la beauté de l’Irak donc

 

ou encore le visage de François Pinault interprété par Pior Uklanski , vanité

 

et plutôt que l’immense bonhomme d’Urs Fischer à l’entrée du Museum Boymans van Beuningen à Rotterdam

 

nous nous souviendrons d’Ingres , l’insistance étrange sur la nudité d’une femme, ce montage d’un même corps de dos, surmonté d’un turban noué, le tissu toujours d’un goût douteux change et signe sans doute quelque masque mortuaire, ceci laissant loin toute interprétation par trop narrative de l’affaire, donc la Baigneuse du Louvre, la petite baigneuse au harem du Louvre, mais il y en a une autre à Washington, et surtout bien sûr le bain turc

 

il s’agit de transposer la logique du montage dans les divers champs esthétiques, mais très directement de livrer l’imaginaire au montage singulière des plans

on a oublié pourquoi Joan Fontaine se penche au bord de la falaise et qu’est ce que Joël McCrea s’en allait faire en Hollande

mais on se souvient d’un sac à main mais on se souvient d’un autocar dans le désert

peut être que dix mille personnes n’ont pas oublié la pomme de Cézanne mais c’est un milliard de spectateurs qui se souviendront du briquet de l’inconnu du Nord Express

 

      "Les films peuvent être mis sur vidéo et comparés. Si on dit: Eisenstein, dans tel film, a repris le montage parallèle inauguré - théoriquement - par Griffith, il faudrait projeter Griffith à gauche, Eisenstein à côté. On verrait alors, comme en justice, on voit tout d'un coup que quelque chose est vrai et quelque chose est faux. Et on pourrait discuter. » 

il s’agit d’introduire une cinephilie qui aille au delà de la première étape encyclopédique, comparative, historique pour une véritable écriture du fragment

 

Nosferatu à Paris, Texas

 

          Car il s’agit de sauver , si l’on peut dire, la cinéma de sa mort, ou plutôt de sa première phase achevée, par une possibilité d’un espace citationnel qui demeure un plaisir, un cinéma qui sache, effet de boucle qui ne sombre plus dans le bruit d’origine. L’appel à une sorte de savoir absolu de ce qui a pu constituer l’histoire du cinéma. Demeure un fantasme sur le mode du supposé savoir pas sans savoir justement. 

         A ce point difficile qui serait une sorte de base de données visuelles interne s’ajoute la difficulté de pouvoir rendre audible les montages opérés dans cette base, puisqu’il ne suffit de les montrer mais surtout de les dire, et ce sans effectuer un phénomène de pétrification propre à la mise en texte du processus, qui est la localisation photographique de la séquence en un point, laissant dès lors de côté la cinétique des images. 

         Mais ceci pose tout autant la question de la matérialité du film spécifique et différent de ce qu’il peut en être de la peinture ou de la musique. Mais le film lui même est reproductible à l’infini, l’original est égal strictement à toutes ses copies. Mais chaque copie n’existe que lors de la projection où apparaît la nature filmique de l’image, son aura spécifique qui échappe alors à sa matérialité pour advenir à la nature du souvenir de cette image. Avec Benjamin, il est possible de noter que le cinéma “sauve” l’aura de l’image d’un effacement mécanique, ce qui fait que le moindre film est toujours porteur de l’être presque malgré lui. Entendons bien sûr l’être comme parêtre parlêtre sans aucune ontologie en un Autre.

          Passer de Lang à Tarkovski permet de visualiser un jeu de la coupure, du montage entre deux pôles, rapide ou lent, rapide et lent, mais le déjeuner du l’herbe n’est pas incompatible avec Alexandre Newski, d’autant que nous venons après dans l’absolu étrange de la cinémathèque “universelle”

 

 

        Godard à la fois coupe et accumule, produisant une image abstraite saturée de présence mnésique polysémique, de sorte que si la filiation stylistique de Godard est plutôt Eisenstein , il subvertit de manière dodécaphonique ce rapport. D’ailleurs il coupe et jette, puis reprend dans les poubelles la séquence perdue pour la surimprimer sur le montage

 

 

 

          Il s’agit donc d’atteindre un cinéma poétique, c’est à die non narratif, non figuratif, un pur rapport de formes et de couleurs, séquence signifiante sans signifié

 

 

      Bien sûr il y a une pente océanique de l’image mais qui , étrangement (?) érode le politique, donc tout ceci pas sans Debord. Finalement ne céder sur rien, ni sur le fond, ni sur la forme. Non pas plus d’histoire, c’est à dire pas d’histoire mais toutes les histoires, aller plus loin qu’Ulysse! Finnegans Wake donc, c’est le cinéma total, politique comme miroir du monde, éthique du réel , contestation hypnotique, toute l’histoire reprise entre les deux formes dominantes américaine et soviétique, pas sans le non cinéma de la Shoah

 «Tristesse des films jamais faits, horreur des films détruits. » 

Lutter aussi et ainsi contre l’image issue des camps, la télévision. Se retourner donc vers une forme d’origine où Eurydice demeure

 

 

         Nous demeurons alors au moment même où Orphée ne cesse de ne pas se retourner, Actéon dans le regard tremblant de la déesse

 

 

       Il faut faire archive afin que l’image demeure comme aura de la sensation, libérée de sa contingence organisée par une finalité. Bien sûr l’image isole certains regards, plus d’un sans doute, au moins un. Comme dit Foucault qui ne fait que poser le problème: “ le rapport du langage à la peinture est un rapport infini. Non pas que la parole soit imparfaite, et en face du visible dans un déficit qu’elle s’efforceraient en vain de rattraper. Ils sont irréductibles l’un à l’autre : on a beau dire ce qu’on voit, ce qu’on voit ne loge jamais dans ce qu’on dit, et on a beau faire voir, par des images, des métaphores, des comparaisons, ce qu’on est en train de dire, le lieu où elles resplendissent n’est pas celui que déploient les yeux, mais celui que définissent les successions de la syntaxe ." Il s’agit de reprendre peinture, littérature, musique au lieu même de leur effacement marchand. Il s’agit de poser l’énigme de la lettre sur l’ombre portée par le glissement somnambule des images

“ les russes on fait / des films de martyre / les américains ont fait / des films de publicité / les anglais on fait ce qu’ils font toujours / dans le cinéma / rien »

 «peut-être que / dix mille personnes / n’ont pas oublié / la pomme de Cézanne / mais c’est un milliard / de spectateurs / qui se souviendront / du briquet / de l’inconnu du Nord Express »

deux types de phrases qui posent entre humour, critique et rêve, le souvenir comme ce qui demeure toujours devant, entre le sujet et le vide de son réel

 

 

 

 

Mad in USA

 

par ce film daté Godard propose une lecture politique du monde qui soit une sorte de puzzle incompréhensible sinon qu’il y a un jeu de meurtres et de dissimulation et au milieu une héroïne qui passe à travers, du sang, un peu d’humour et des oiseaux de passage, une construction qui repose en fait sur le système Russel-Roussel à savoir le brouillage grammaticale, sublime scène du café et toujours ces personnages qui disent des phrases improbables et justes, Karina est là, c’est le cinema, entre Pierrot et la chinoise, c’est aussi et bien sûr une bd

 

Pierrot le fou

 

Il s’agit de fuir loin du monde ordinaire désespérant, la question est toujours la même, échapper à la danse de mort de chaque jour, se perdre sur la route avec une femme donc supposée toujours, et aller jusqu’au bout de l’expérience et finir face à mer, sang et lumière, s’abandonner à la poésie, ce qui suppose tenir la lumière dans la parole, ce qui implique aussi le recyclage amoureux de cet ordinaire d’épouvante. Au départ il y a Pierre Loutrel pour le prétexte. Il faut dire que le personnage est assez romanesque, gestapo, résistant, tueur, gang des tractions et fin conne, il y a de quoi fabriquer de la fiction sur fond d’exposition politique. Mais maintenant tout le monde s’en fout, et le titre fait référence culturel même si comme d’habitude plus grand monde n’a vu le film.

 

 

 

Le nom va faire suite dans une sorte de réel sinistre, cette fois c’est Pierre Bodein, le comportement aussi destructeur s’accompagne d’un jeu entre expertises, on juge le sujet criminel, hors contexte bien sûr , même si l’affaire souligne un sous monde extrème

  La transposition poétique pousse au rêve et la folie est celle de l’amour, l’amour à mort, ce qui n’empêcha pas de traiter de la France terre de colonisation et des droits de cette espèce curieuse dite homme, d’un territoire au service du pur capital qui marchandise les êtres et les choses, on ne peut pas dire que ce processus se soit ralenti

 

F: Ça te plairait, une voiture comme ça?

 

 A: Oui.

 

 F: Tu n'en aura jamais.

 

le rêve stupide et de plus en plus pauvre sert de fond de commerce généralisé, contre quoi la figure d’une culture classique en tension de modernité est ce par quoi Godard devient Renoir père et fils, Fuller et Velasquez sont présents au milieu des slogans et d’une vague histoire d’amour idéalisée et donc manipulatrice de destin.

 

 

L’image est poème pour peu qu’elle tisse la forme déchirée

 

Marianne faisant les cent pas sur la plage : " Qu'est ce que je peux faire ? J'sais pas quoi faire ! Qu'est ce que je peux faire ? J'sais pas quoi faire ! Qu'est ce que je peux faire ? J'sais pas quoi faire ! "

 

Qui a écrit sur Godard sinon Aragon?

 

http://tapin.free.fr/godard/aragon.html

Définition possible, l’art comme ce qui manifeste d’abord le singulier d’un réel, aucun consensus donc

même le référentiel politique se noie dans une forme qui nie l’existence du référent politique qui traine toujours derrière, dans la nuit des choses mortes

l’art tient aux noms mais les noms sont les formes coagulées des histoires de l’art, autrement est l’actif d’un nom pour un autre, qu’est ce l’actuel de Schiele s’il n’est au bout d’une main?

le comparatif d’un nom de genre l’autre s’efforce de réduire le différent d’un, Godard n’est pas Delacroix, Delacroix n’ex-iste encore que parce qu’il y a Godard.

parler d’un film exige alors la traversée de la lettre par l’image, critique imageante, toujours devant

une image qui serait donc tout langage, sans reste donc, l’enjeu n’est il pas dans le fond d’évacuer le réel qui est sans doute l’hétérogène du style

le différent en intention est rare et celui qui se croit singulier se doit, dans la critique, de lire ce qui serait de cet ordre, l’élite des dieux

Aragon bien sûr a une vision très datée, s’entend que si Godard est l’image de Joyce, l’équivalence picturale ne peut être que devant

la brutalité de la vision d’Aragon est de cette mesure, il ne regarde pas, il clame la beauté, qu’il dit au delà de ce qu’il note cependant, à savoir justement tout ce qui fait le style Godard

il s’agit donc de la folie des couleurs, celles qui ne conviennent pas au réel, non pas celles qui l’imite soit disant sinon effectivement le noir et blanc suffit

où se trouve Godard autrement que comme celui qui trempe la pellicule dans le rouge et le vieux fond sanguinaire agite le poète

le désordre du monde, pas le monde réel, mais le monde déréglé, il faudrait trouver quelque chose sur Aragon-Joyce, à l’évidence ce que raconte Sollers peut servir de viatique “Aragon, au café La Régence, place du Palais-Royal, me dit: «Tu comprends, petit, l'important est de savoir si on plaît aux femmes.» Je n'aime pas ce tutoiement forcé, et encore moins le mot «petit». Quant aux femmes, je suis au courant, merci, j'ai, comme dit Casanova, «le suffrage à vue», et ça marche. L'autre formule, moins conventionnelle, et plutôt amusante, consiste, de sa part, à dire que le comble du snobisme est de se déclarer communiste. Bon, pourquoi pas. Après quoi, quelques rencontres, où, immanquablement, il se met à me lire ses poèmes qui, d'ailleurs, n'en finissent pas. Voix déclamatoire, très dix-neuvième siècle, la diction plaintive et forcée que vous entendez déjà dans l'enregistrement d'Apollinaire, «Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant», etc... Aragon est encore très beau, il est debout, il se regarde à travers vous, le miroir envahit la pièce, il vous glace. Il me fait le coup quatre ou cinq fois, rue de la Sourdière, d'abord (petit appartement encombré et obscur, plus modeste que celui, tout aussi encombré, de Breton rue Fontaine), rue de Varenne ensuite (luxe et chauffage, le Parti s'occupe de tout). Je m'ennuie, je suis fragile des tympans, l'admiration tonitruante du poète, dans la pose du grand poète, pour un vers de Henry Bataille, «J'ai marché sur la treille de ta robe», me laisse froid. Je note que le spectateur, épinglé dans son fauteuil, pourrait se lever, sortir, aller prendre un verre ou deux au café du coin, revenir une heure après, sans que l'auteur-acteur ait remarqué son absence. Bon, ça ira comme ça. La goutte d'eau qui fait déborder le vase sera «le pèlerinage au Moulin», là où il se fera enterrer avec Elsa, œuvres et cadavres croisés. Atmosphère de dévotion hyper-bourgeoise et cléricale, des invités, aucun snobisme, la servilité partout.

ensablons tout ça au bord de Loire dans la vertu d’un Ronsard christianisé

Aragon qui finalement n’a rien à dire de Godard part sur ce qui pousserait Delacroix vers le Maroc

une lucidité paradoxale et déniée pousse notre Auteur à remarquer sa fantaisie picturale

décidément le truc du cinéaste l’inquiète alors il croit trouver qu’il s’agit d’un collage, il ne comprend rien au montage, au style

cette fois l’association culturelle est totale un brin de systématique et l’on cherche le tableau dans le tableau

le pauvre Aragon cherche à se repérer dans les citations ce qui semble le soulager de devoir voir l’image même, il faudrait le lire le bougre , ce sera pour une autre vie, mais ..

il faut y venir la référence textuelle est toute autre, il y a une révolution du langage poétique d’ignore le surréalisme qui se croit freudien

Aragon avoue effectivement qu’il y a du Céline dans l’affaire, il ne peut le nier puisque Godard le cite mais il s’en passerait bien quoi qu’il dise

le bonhomme était cité, c’est le fond de son article

sauvé par la citation, une vibration de reconnaissance le traverse, toujours beau et révolutionnaire

l’obsession de Delacroix est quand même curieuse

effectivement il vaut mieux que ça s’arrête 

 

 

il faudrait écrire sur l’amour du cinema, sur sa naissance toujours, sur la liberté perdue de l’invention, sur le temps et les ombres, il aurait fallu traiter de tout ça lentement

 

le mépris

 

le cinema se met en boule, Lang filme l’odyssée dans la villa de Malaparte et Brigitte traîne sa diction dans cette très intense dérive d’une femme pour un homme, un homme qui défait le dire d’une femme d’un mot, d’un geste, d’un soupçon , non qu’elle le trompe mais qu’il fasse tout pour qu’elle le fasse, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement de l’amour qui se brise sur les rochers, sombre et lumière, la salle de projection, le lit, et le soleil qui écrase les corps, et les voix qui se perdent, la bande son les recouvre, à moins que ce ne sit les bruits de la rue, avec ce micro que l’on voit et qui se perd , et puis il y a la ville fantôme du cinema et puis il y a cette histoire, anglais, allemand, français, et puis il y a le texte de Moravia,« Ça a été un drame parce que Jean-Luc a été obligé de retourner un certain nombre de plans pour que les Américains finissent de payer le dernier versement et c'est Alain Levent qui les a tournés parce que moi j'étais sur un autre film à ce moment-là. Cela s'est passé complètement à la fin, c'est-à-dire qu'on avait fait l'étalonnage du film. On avait envoyé le film à Sam Levine et ensuite il a dit : Non, non, ça ne va pas, je veux voir le c.. de Bardot. »bien sûr les producteurs veulent le corps nu de Brigitte, ce que n’avait pas prévu Godard. Et puis il y a bien sûr Homère et cette idée de l’inconstance nécessaire de l’épouse, et le risque de tuer les prétendants et puis il meurt de toute façon, et puis il y a Rossellini, et L’Avventura,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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