franges du temps
j’aurais pu parler de Guiseppe Penone et des arbres bronzés et des dessins qui installent le réel naturel au coeur du langage, ou encore du propeller group qui spécule sur leur traversée du temps, ou encore des artistes de Dafen qui reproduisent l’art sous toutes ses formes, la photo 3D en quelque sorte sans machine, célébrant à leur manière l’achévement de l’image et le triomphe de l’iconophobie sinon clastie, un monde d’images soumises aux variantes de la négation, il eut fallu ce rouge acide qui peuple l’horizon tordu et non la fatalité atridique, nous n’irons plus au bois, les merveilleux nuages ont franchi l’horizon, laissant les blés délavés au souci , l’atelier est un rêve fermé, l’interdit le frappe d’une scène minuscule, un petit vase spiralé en verre dans l’entre braille d’une porte claquée, les fragments font leçon dans cet écho givré qui ne livre aucune parole oubliée,
Scribble
vivre à travers une série de toiles, c'est curieux de tenir à çà alors que la psychanalyse... bref la septième toile, et cette chose croisée que je devine admirable
ce qui est bien sûr terrible pour la suite éventuelle de la série, appuyée sur Kiefer, Barcelo, Arryx, Leroy... une crainte fascinée devant Rothko
le temps passe , ne le réaliser que de manière indirecte, dans un monde peuplé d’une centaine d’«âmes examinées» comme dit Schreber, et une conversation continue avec un certain nombres d’auteurs souvent morts, le tout entrecoupé d’obligations formelles, une série «pensée» avant de faire, l’ensemble a une allure intemporel, mais entre ça et la supposée brutale interruption du processus des «réalités» qui parlent, c’est sans doute cela le comique de situation, ne pouvant achever quoi que ce soit
écrire de temps en temps, sans doute, écrire à l’adresse possible, im-possible, juste une petite note, une stupide effervescence envahit la perception, pourquoi? puisque les faits mainte fois mâchonnés ont livré leur raison première, nihil, et pourtant le nuage phocéen fait viatique
je trouve chez Adorno une remarque sur l’archaïsme de la lettre chez mon cher Benjamin, il rapproche me semble-t-il cette attitude, qui est aussi fragmentaire dans l’oeuvre, à sans doute quelque schizo dans la structure, j’y lis quelque projectif, une absence de refoulement ou de deuil disons de l’affect comme je l’écrivais il y a peu à cette amie qui s’obstine à faire de l’humanitaire psychiatrique quelque part en Syrie
j’écris ce jour sur les franges du temps, dans l’effraction certaine du possible, je me joue de la structure, je ne sais, je ne sais pas plus que le viatique qui se décide au fil d’écriture, je regarde cette vie qui chahute vers sa fin, déjà? qu’ai-je fais ? ou plutôt que n’ai dit? au moins écrit... je peux en tout cas poursuivre sur ce ton qui ne mène nulle part, sinon du côté de la nostalgie du soleil qui frappe en répétition la falaise proche et l’alcoolique tango qui fusionne la certitude repoussée, ce cher Dante n’a pas fait moins et voilà que des particules glissent sans fin vers le rivage, de minuscules mondes qui pleurent leur nature éphémère, effet mère sans raison, le vol numérique cherche encore parfois le lieu et jamais ne le trouve, pourtant il y a quelque trace dans les pas, je cherchais à voler le jardin et pense soudain plutôt au rivage phocéen, j’y vais aussitôt... mais je ne trouve pas, dream hotel
peau à peau
Alors il est cette lumière qui descendait de la montagne, donc, toujours, toujours, la lumière commençait par ce plus de feu, peut-être les immeubles, deux, trois, je ne sais plus , il y avait encore une vapeur, ce sera une vapeur de fièvre qui monte, le son de l'alcool et deux pièces plus loin dans le couloir quelqu'un qui dormait seule à jamais, et puis le temps de coagulation s’est arrêté, il ne pouvait que ça, pas plus, pas moins, c’est cela, un truc qui se fige dans le regard
L'idée serait de parler sans cesse, sans cesse, sans arrêter de regarder les choses, parler sans regarder ce que l'on dit, ce que l'on écrit, écrire sans cesse, ne pas se retourner, surtout regarder le paysage , face de brume, camion qui passe , tout ce sang
dans la vigne qui disparaît, le ciel s'éclaircit, je sais me souvenir, ce souvenir que j'ai entretenu si longtemps, je sais me souvenir, se taire toujours
L'épuisement gratifiant aussi parle du pic d'activité finalement dépourvu d'impact réel comme si l'écriture pouvait tenir davantage le réel que le fait de dénoncer à voix haute des choses toujours tenues par le semblant, tout le contenu finalement est gauche alors qu'il n'y a pas la possibilité de donner l’une d’un couple formé par quelque histoire , ni poème pourtant, ici le texte devient une sorte de guimauve qui se pose lamentablement à la surface des choses improbables
Les images se déposent lentement dans ce réservoir du temps mais pas régulièrement , il faudrait nettoyer, nettoyer par des mots, certainement des mots qui viennent voisins du possible, pour l'instant il n'y a à attendre bien peu de choses de ce qui visite du gris, un peu le héros au cou de cheval qui regarde les fils qui tremblent, ce qui se teste, un qui n'a rien privilégié de la lumière sur la tour, qui est désespérément dans la chambre , bref les choses changent
Par fragment cela va être difficile, peut-être que c'est ainsi que le texte va se construire, espérons, même s'il n'a pas de contenu manifeste, plus aucune histoire racontée, que ce soit des histoires dans la sphère de dix pieds , que ce soit des histoires socio-politiques, que ce soit des réflexions philosophiques , de la poésie qui est toujours inspirée par sentiment amoureux, quelque chose qui était là d'ailleurs, aussi vite que l'image, l'image pouvant peut-être se soutenir de quelques dessins à la Lautrec, peut-être est-ce à voir avec cet arrière-fond d'alcool, qui n'en finit plus de ne pas venir
Ça creuse juste derrière le sternum, c’est étrange cette espèce de fatigue, cette espèce d'épuisement, tout à fait en rapport avec l'absence d'idées particulières sur un quelconque sujet, de la tonalité même de l'horizon, immobile, inutile, sans perspective que cet impossibilité à construire le moindre espace qui serait de l'ordre d'une fantaisie
Le sujet se dissimule dans ce coin juste là où les panneaux sont pris dans une vue semblable à cette gare de Lille en août où se dissimule l'étude, face à face sans nouvelles, il y a des oeuvres anciennes qui doutent , à quoi tranche la porte de bois sculptée qui indique le chemin de sortie , il faut lire plus loin une esquisse rouge sanglant qui porte mémoire de tous ceux qui étaient
Le fragment de ciel bleu n'est pas crédible, ne donne aucune luminosité dans les pupilles du cheval mort, les militaires veillent partout pour créer un froid primaire, sauvage, définitif , des séries d’oiseaux sans bec arrivent, même plus la merveille de l’eau chantante, et les chevaux traînent en cavalerie immobile et le reflet du parquet a perdu la couleur rouge qui lui donne une allure un peu trop tropicale, et que là vient qui meurt sur un fragment de tête hypothétique
Je veux du pain et des roses, disait le mendiant, peu soucieux de la dégradation de ses habits, c’est le délais de manière générale des fleurs et le discontinu de la peur, l‘épuisement de penser à la seconde session de monde, le discontinu de la pensée , j'aurais pu parler tout aussi bien de de Lévi-Strauss et de sa passion des briques pour, cette forme qu’aurait Paris , texte luxueux sinon luxurieux, le furieux des couleurs
Il faut partir des hommes dans la plus basse extraction de la ville parcourue par un fleuve noir et la remontée jusqu'au feuillage qui tient à la puissance du souffle des éléments, il faut se porter d’un coup à chaque pas et nous avançons lentement sans savoir où nous allons jusqu'au bout de cette colline là-bas, plus loin il y a ce château que nous avons parcouru lorsque nous étions enfants, avec ses femmes qui courraient dans les plaines , me souvenant des chevaux-paysage, sommes-nous pris dans un texte qui devrait se soutenir dans la puissance de son flux et qui n'arrive jamais à s’accrocher à quoique ce soit qui ait une quelconque valeur , ne chauffe la parole qui s'arrête immédiatement
Il y a comme un souffle qui remonte là-bas depuis qu’il secoua très exactement le léger gris des échappements oranges , souffle qui tire sur le battement , il suffirait de fixer un objectif sur ce point pour faire apparaître les nuances et depuis cet horizon les distances avec les dieux , tout ce qui apparaît comme ça , tout ce qui surgit comme ça sans raison, ce que nous appelons toujours plus loin , le tellement vrai qui n'existe pas, ça leur revient en retard, un coup à droite , un coup à gauche et puis tout ceci s'efface et puis et puis des fois, il y a de la brume, oui certainement, demain la brume se lève du marécage, sur le marécage il y a des fleurs et des fleurs différentes, des blanches et rouges couleur de sang et les cavaliers solaires, ainsi jusqu’à l'horizon, comme cela, sur la pierre; il y a des fleurs regardant le ciel et une fois de plus le ciel se pose, nous sommes lourds et puis tout s'arrête à nouveau