des nouvelles d’Alice
Alice était devenue une jeune femme charmante, qui vivait une existence d'étudiante en philosophie dans un campus de la côte Est , elle avait oublié presque son enfance "psychotique" , sans doute parce que le changement de langue avait introduit un espace où sa position de sujet s'était déplacée, elle continuait cependant à rêver en français s'il est possible de parler d'une langue du rêve, elle y croisait un indien francophone qui ne comprenait pas grand chose à l'anglais, l'éveil était étrange , trouble, ce refus d'affronter la perte de l'indien dans l'impossible bilinguisme, et puis la vie reprenait dans son exigence présente. C'était une journée radieuse. Tout Berkley semblait attendre le prochain séminaire de Derrida.
Alice s’installa à la droite de l’amphi, elle était en avance pour ne pas se retrouver ni trop près ni trop loin de l’orateur, cette distance dont elle connaissait l’importance pour sécuriser les deux pôles de sa sensibilité entre énamoration idéalisée et tristesse apathique. Cette règle efficace pour advenir à un niveau de connaissances certain rendait cependant ses relations ordinaires difficiles. Peu après sa “libération” de l’institution, Alice était partie en terre anglaise pour suivre des études de littérature sans qu’elle sache si ce lâchage de la langue maternelle était une bonne ou une mauvaise chose. Elle entra dans la langue sans difficulté, au point d’y sentir un plaisir locutaire qu’elle ignorait jusque là. Mais très vite cette liberté vint rencontrer le regard de John. Ah John! elle ne sut jamais la réalité de cette rencontre. Elle gardait un souvenir flou, triste, sans terme. Elle n’eut pas le temps de se replonger dans ses souvenirs. Jacques Derrida , entré lui aussi en avance, avait remarqué cette auditrice isolée parmi les rangées vides. On mesure la puissance de l’esprit qui efface les sursauts du désir comme un impératif de surface, Sa curiosité l’amena à s’approcher et Alice se trouva en conversation comme en surimpression entre John et Jacques.
Alice plus tard est parmi les fleurs du pré, un enfant à grosse tête, est à ses côtés, le sien sans doute, elle ne se souvient pas, Qu’importe, il a l’air un peu débile et endormi, il fait très chaud, Alice est nue, il pourrait se mettre à pleuvoir, une pluie chaude qui secoue le corps , l’histoire va glisser dans des zones cruelles lorsque surgit le chourineur
Alice est morte, ventre ouvert, maintenant elle sourit
morte peut être pas, c’est sans doute un colorant pour l’opéra
maintenant la pluie s’installe et Alice voudrait un amant, le bébé a fondu, il ne reste que des bouts de vêtements, l’amant est beau et un peu sauvage
il verse sur son ventre les fleurs des champs
la nuit tombe et la mécanique impose ses jeux d’ombres
tous les rêves ont été bouffé