Ernest Pignon-Ernest/ Passion
ce 28 août 1947, Manolete est face à l’objectif, nous savons qu’il va mourir, autour, des visages plutôt rigolards, vulgaires, cela ressemble un peu à une scène christique de passion, il regarde quelque chose sur sa droite, sans doute a t il vu la chose, il sait autant que nous croyons savoir, nous qui venons après, nous avons même des images quand le taureau l’arrache du sol, presque indistinctes, et la foule qui accompagne le cercueil, les femmes, les hommes, noirs, Luis de Almeria chante le flamenco, l’instant d’avant peut être il souriait, regard vers le sol, ombre,
sur les murs il y a des images qui s’effacent, trop réelles, improbables, d’un classicisme sobre, pathos retenu, témoins des horreurs sans cesse reproduites du temps
un homme en porte un autre, cadavre nu renversé sur son dos, il s’enfonce dans les souterrains de la ville morte
celui là sans tête sort d’un orifice à côté de la porte d’une église
la ville continue indifférente aux tas de cadavres
et l’ouvrier, maquisard, résistant, penseur simplement reçoit une balle dans le cou qui déchire l’espace alentourtoujours Arthur bien sûr et ses poches crevées
Artaud tout autant, l’autre hurleur de vérité
et bien sûr Pasolini et Caravage, têtes monstrées depuis la fenêtre du crime absolu
ajoutons le son, Medeamaterial de Pascal Dusapin depuis Heiner Muller, Sasha Waltz danse, et cela recommence avec Passion, Monteverdi
https://www.youtube.com/watch?v=cReAXjd-JB0
en tout cas il y a dans cette médée une ligne plus juste pour Quartett que le toujours trop esthétique Wilson, la dislocation du texte le rendant de fait quasi inaudible, en tout cas détaché de la tension passionnelle propre au texte de Muller, produisant une fausse intériorité