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éloge des démons

éloge des démons

 

Il eut été impensable de négliger les démons et puis Constantin eut un rêve.

 Ce fut un long combat pour convertir les démons. La chose sembla finalement achevée par Thomas qui en localisa la tombe au trou noir de sa mélancolie. L’opération était remarquable puisque logiquement inouïe. Il y avait une écriture de cette capture, une écriture nodale, trinitas.

 Et puis il y eut ce mouvement hérétique protestant qui voulut dénouer ceci au nom de l’économisme naissant. Loin d’objectiver le signe, il y eut alors forclusion du signifiant et du réel, malgré la Contre réforme et le Baroque. La séparation opérée par Descartes d’avec le religieux au nom du rêve et de l’hystérie naissante maintint quelques temps le discours de la science jusqu’à ce que l’économisme vint absorber aussi ce discours. Les démons furent d’abord chassés au nom de Dieu, mais l’exorcisme n’empécha pas le développement de l’inconscient qui suit très exactement l’histoire de l’hystérie, depuis Loudun jusqu’à Charcot, en passant par les convulsionnaires des Lumières. C’est ce que découvre Freud, mais malgré Lacan, cette découverte aliéna le parlêtre à l’institution vouée à en maintenir l’ouvert, surtout lorsque l’au moins un réussit à capitaliser l’affaire. Dans le monde phénoménal objectivé il ne resta plus que quelques témoins pour fréquenter les démons et l’immense foule anonyme des parlêtres désormais hors discours.

il y a dans le travail préparatoire de Ingres quelque chose d’une émotion très ancienne qui tremble à travers l’académisme, quelque chose qui disparaît souvent dans les œuvres achevées, la présence dans l’image du tremblement originaire du signifiant, c’est à dire ce par quoi le signifiant comme forclusion du phonème porte l’actuel de l’étranger dans la langue, le signifiant est xenopathique, démoniaque. Entendre le phonème forclos, c’est percevoir la langue du démon dans l’espace maternel. Cette babélisation pousse à la folie de la langue de l’Autre, celle qui est compacte, sans soupire, sans traduction, originaire donc. Et ce d’autant plus que la langue étrangère est proxime. La langue unique du capital efface cette distinction, l’american way of life ou la mort. 

 

D’où l’interêt que l’on peut porter au champ sémantique des déterminants refoulés et ce du point de vue intrinsèque des cultures pré-monothéistes. Il ne s’agit pas de se mettre à la leçon primitive autrement que comme facteur de longue durée nécessaire puisque, rappelons le, la Réforme a induit un refoulement de l’opération logique trinitaire qui permettait au réel d’ex-ister dans le discours et que l’actuel de cette opération demeure. L’actuel est donc aussi celui des démons.

 

Toby Nathan nous invite à chercher les démons au lieu de leur plus formel creuset, l’Ethiopie., d’où dérive, du moins il le postule, le commerce antique avec les démons, et ce à travers l’islamisation . Il est donc intéressant de repasser par là , en gardant à l’esprit la place du thérapeute trans-culturel et, de facto, trans-historique, voire @-historique.

Il s’agit donc de femmes malades et le diagnostic posé par la kudiya va établir le rapport aux esprits et induire un parcours d’adaptation aux démons puisque ceux ci demeurent plus ou moins; c’est d’ailleurs cette fixité démoniaque qui va faire de ces femmes des adeptes puis des kudiya. Il y a d’ailleurs en Islam un étrange phénomène de retour du refoulé puisque les guérisseurs sont en fait les héritiers des esclaves déplacés par les musulmans. Il s’agit de mettre en circulation sociale une visite (zara iazuru) des démons qui deviennent visibles (zahr).

La première étape est donc diagnostic, elle cherche des traces, d’abord la portance du signifiant, la musique à laquelle la possédée réagit puis l’interprétation des rêves, c’est le début d’une démarche initiative qui n’est pas de l’ordre de la séparation de l’esprit mais du mariage spirituel, accompagné de sacrifice (la symbolique éthiopienne du sang portait sur la fabrication d’un mélange entre la mousse de sang versé et divers parfums)

 

Quelque chose se présente qui résiste au signe, qui ne fait sens, qui vise le fond inéchangeable dont parle Klossowski et qui ne vient à l’existence que par le biais d’une manifestation sensible “ nul contenu d’expérience ne se peut communiquer jamais qu’en vertu des ornières conceptuelles que le code des signes quotidiens a creusé dans les esprits; et, inversement, le code des signes quotidiens censure tout contenu d’expérience”. Demeure alors la figuration elle même qui se dresse sur le mur dans la verticalité de son absence, pour peu qu’elle se trouve soumise à l’impératif d’un signe unique fictionnel qui produit à la fois la manifestation du fantasme et sa récusation ironique. Le réel du parlêtre se manifeste grâce à l’ordonnance du fantasme... quelconque. Mieux encore dans le passage d’un idiome l’autre, dans ce qui serait la présence ordinaire des mystères de Diane dans un roman policier. Et tout autant la mise en scène de la comédie privée des dieux. Il s’agit d’en revenir à une image qui devient réelle puisqu’elle contient le lent parcours du concept à travers la langue, mais en posant alors l’image non plus dans la logique ISR, mais bien RSI, non pas représentation mais présentation “ en tant qu’objet de contemplation, le simulacre (pictural ou plastique) “ne reproduit pas le visible mais rend visible”, comme dit Klee, c’est à dire exprime matériellement une action morale, spirituelle. Ce qui revient à dire qu’il simule une agitation invisible”. Le réel est manifesté sans aucune localisation puisqu’il tient à la dérive du tableau volé. 

 

 

L’espace légèrement archaïque proposé laisse un ouvert relatif à la scène sexuelle selon une déclinaison qui travaille aussi bien la formule de Nietzsche “l’étonnant c’est le corps”, qui est reprise de Spinoza “on ne peut pas savoir ce que peut le corps”. C’est une forme actualisée que propose le travail participatif d’un Larry Clark

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