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Crimes en série et propagande

Crimes en série et propagande

 

Avant que le serial killer ne devienne le héros de séries télévisées au point qu’il viendrait réaliser une sorte de quintessence de l’esprit criminel ( si on joint ce dispositif aux nombreux films de la campagne américaine dominés par la folie meurtrière, Twin Peaks de David Lynch en étant le prototype, on peut s’interroger sur le réel en oeuvre que ce cinéma exploite), avant que la scène de crime et son médecin légiste ne deviennent les compagnons du profiler qui peut être d’ailleurs un ancien serial killer, l’Europe a connu des crimes en série, en particulier d’enfants, qui ont alimenté une presse avide de sensationnel et souvent au service d’une sorte de ministère de la peur, cette intrication des pouvoirs au service d’une héroïsation du crime si elle continue à sévir de nos jours semble plus distante qu’au temps de l’Allemagne pré-nazie où les sbires du futur régime surent tirer à profit des événements réels effrayants pour faire vibrer les craintes et pour effectuer par la suite quelque arrestation prouvant leur efficacité pacifique.A ce phénomène historique, il convient de joindre le développement du statut de l’image qui vient rajouter en couverture une vision réaliste des crimes rapportés. Il n’y a pas de développement de la presse criminophile sans le secours d’un effet reportage dont on ne mesure que difficilement l’impact, nous qui sommes si facilement habitués à un flot d’images plus atroces les unes que les autres au moment du repas. Le film de Fritz Lang M le maudit (M – Eine Stadt sucht einen Mörder) est un film de 1931 qui devait avoir pour titre «les assassins sont parmi nous» et qui raconte la chasse puis l’arrestation d’un tueur d’enfants grâce aux efforts réunis de la police et de la pègre. La force de ce film tient à la ruse de Lang qui réussit à tourner son film «transparent» à Berlin, le censeur étant pris à son propre système de propagande. En dehors de l’aspect démonstratif du film, Lang s’est inspiré de faits réels qui semblent avec le recul faire figures de préambules aux massacres de masse, que ce soit Peter Kürten le vampire de Düsseldorf, 

 

 

le boucher Fritz Haarmann (qui débitait ses victimes et offrait ainsi de la viande fraîche à son voisinage), 

 

 

Karl Grossman,

 

 

 Karl Denkes

 

 

 

parmi ces journaux qui inventèrent l’image du meurtre, le petit journal qui est publié jusqu’en 1944 est un exemple électif dont on retrouve trace en particulier dans détective, 

dans cette couverture de 1930 tous les éléments du drame permettent d’imaginer quelque chose auquel personne ne peut assister

 

 

dans cette autre livraison, c’est la police qui arrête le geste criminel

 

 

Nous sommes dans un dispositif factuel qui semble réagir sans nuance et même vérification à un pur effet de marchandisation du crime, mais il n’est jamais possible de détacher la publication d’un journal de sa ligne éditoriale qui obéit soit directement à un impératif commercial, soit à un mélange de propagande politique et de détournement de l’attention du public. La concentration des pouvoirs autour d’un pôle unique a bien sûr renforcé ce processus, la presse Murdoch en étant un bon exemple

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