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circonflexion d Eli

circonflexion d’Eli

 

au moment où le temps se trouve vraiment compté, au final ou presque, alors qu’il y aurait eu encore tellement à faire, au moins un certain minimum, donc où vous lisez le livre d’Onfray sur l’érotique solaire, un début pour le moins assez pauvre, cette pensée superficielle dans le fond comme toujours, plein d’idées mais pas le temps ni la volonté de les travailler, profitant du vide actuel de la pensée, et puis le trou noir qui sans cesse galope, et puis le texte de Derrida lu par lui, n’avoir jamais lu ce truc, n’en garder aucune mémoire, cette insistance sur la circoncision comme spermatique dans la bouche maternelle, cette profonde religiosité du détail, ma juiverie à l’épreuve de mon ignorance physique de tout cela, la main prise dans le silence absolu comme la lettre, le peu de temps encore pour conclure, quelques lignes et puis tout s’efface

 

il s’agit d’interroger le judaïsme athée de Derrida, sa vie de marrane et donc cette vie de marrane qu’il impose à son lecteur, cette place interne-externe qui permet de questionner toujours des points d’horreur, des zones de faille, des effets de bordures

le tout avec larmes

le tout comme lecteur emboîté dans toute une série dont Heidegger et Lyotard, et donc souligner la question de la mère, de la mort de la mère, question qui ne peut figurer dans le texte terrien du philosophe allemand

donc une confession au lieu le plus intime et pourtant universel dès lors que se dire ne peut se concevoir qu’au titre d’un singulier qui vise à un universel, d’où l’indifférence du confessé à ce qu’il raconte

nous veillons tous notre mère mourante et morte avant presque d’être démente

aucune place assise dès lors que l’Autre se trouve de toute façon instruit au discours

et en même temps un texte parfaitement secret et illisible, qui demande sans cesse d’y revenir , loin de supposer y être venu une bonne fois, un texte qui ouvre à l’infini de la lecture, le délai fait plus leçon de choses que détail narratif, voilà une confession hors narration, le texte biographique sans témoignage que celui de la langue qui se déplie au risque de signifiants plus ou moins singuliers, signifiants à rajouter en notes au texte du philosophe allemand, dès lors qu’à la confession se lit la circoncision et l’insistance physique de la fellation maternelle

donc promouvoir, écrire un texte qui tienne à l’événement, qui échappe à toute circoncision, tour et détachement, un texte ouvert qui refuse l’établissement quasi factuel de son contenu, qui résiste à la traduction totale du lecteur qui, devant y joindre ses propres signifiants, obscurcit son oeuvre qui se voudrait détachée dans l’universel pourtant écrit, malgré soi, contre soi, dans le silence d’une parole prédicative insue, toujours donc au futur d’un écrit qui la cherche

donc juste des effets de vérité, un temps, jamais clos

et loin des représentants possibles d’une adresse localisée, toujours un autre inconnu qui, seul, dans sa singularité, pourrait re-lire ce qui est demeuré achevé dans un coeur, donc la responsabilité absolue de l’écrit qui demeure, peut être, un ouvert en attente de ce lecteur soucieux et lointain, potentiel simplement d’un dire, pour un sens qui ne peut tenir qu’à l’illisible de la lettre souffrante, lettre du parjure tout autant la lecture de Derrida nous prend au fil de la citation comme une saisie qui traverse , infinie reprise de la lettre dans le texte qui fuit sous le coup de cette retenue possible, l’obligation de passer par la prose de son propre récit mais déjà marqué du souvenir, de la trace du récit type qui pose par exemple la nécessaire culpabilité actée, moi aussi je volais, moi aussi je fus pris, moi aussi je ne savais pas ce que je citais en le citant, attentif au texte souvent fautif, bref déjà raconté à la ligne dans une antériorité qui me rêve, à la limite de l’épure d’un récit qu’est le fantasme, ne sachant que dire à la question d’origine, non je ne sais quel fut le premier mot, le premier qui vint à me saisir à dire, je ne sais pas depuis de quoi je parle, à qui je m’adresse, et je reprends alors pour moi ce dernier des juifs dont je ne peux qu’être la supposition ultime, le dernier lecteur du dernier des juifs tout au plus, doublement absent dès lors et indifférent à mon dire, porté par la lettre qui défile sans fin, c’est à dire que je ne pourrais qu’essayer de témoigner au nom du dernier des juifs dont je ne peux alors que surveiller à mon tour l’agonie, qui est en même temps celle de la lettre , une lettre qui soutient les dernières traces d’un je de plus en plus improbable dès lors que le nous est sous le coup non d’un Autre théocentré mais d’un Autre anonyme c’est à dire porteur d’une lexie totalisée

 

il s’agit de publier une correspondanc(s)e, hésiter sur le final en danse, oui la danse des amours de lettre, l’histoire de la psychanalyse qui commence et peut être s’achève autour de correspondances, il s’agirait d’anonymer l’adresse et les locuteurs, c’est une piste pour un temps peu extensif mais certain, avant de brûler les lettres, de les réduire en cendres, au cours de leur embras(s)ement, lettres perdues dans l’adresse obscure du temps, parler alors d’une seule lèvre, c’est cela, puisqu’il est impossible de savoir qui écrit à qui et pourquoi, il n’y a que le long fleuve des phrases, portées sur le matin du monde, radieux jusqu’au dernier offert, lèvre unique d’une voix supposée, sans cesse reprise, réanimée, oubliée puis secrètement appelée à nouveau, une seule voix, se surprendre à parler de cette autre voix, aux portes refusées de l’oubli et du silence, peut être

 

l’envoi impossible retenu, for les larmes justement, à dire sans cesse dans cette adresse au vide qui porte peut être un nom, une voix, sans cesse en silence, ou retenue tellement, dans son destin de poubelle ouverte, lettre insue par nature, intemporelle, ne se tenant sans doute qu’à la formule d’une totalité avouée puis brûlée, peu importe alors le support, classique ou virtuel, en errance sans retour, sans accusé de réception, en pure perte, selon la dimension justement de la perte, une perte d’origine qui ne pouvait qu’ouvrir une brèche que rien ne viendrait apaiser ou combler, perdu d’origine, perdus sans doute, quelqu’un ne cesse de rôder alors dans les limites du visible, indifférent aux raisons, lettre tout autant arrachée à la  nuit, parole infinie qui ne fait écho et ne trouve de destinataire locuteur justement, la définition même de la parole neutre, feutre, peut-on brûler jusqu’au souvenir de la lettre, non qu’elle arrive , non qu’elle demeure en souffrance, ne pouvant qu’être ce à quoi sa forme même la destine, un froissement de chair cependant, archive malgré tout, malgré l’effacement des traits et des sons, sans aucun lien de mémoire, témoin d’amour vrai, pur de fait, advenant sans encombre dans la perturbation du sens, aucune retenue puisqu’il n’y a rien à répondre, rien qui tiendrait un fil, le fil d’une vraie pensée, aucune chance, aucune preuve d’existence, ni lecteur, ni son, malgré le temps, elle regarde par la fenêtre le vide du temps qui ne capture rien, ni lu, ni relu, ne plus écrire ou écrire sans cesse, toujours le même mouvement de retour du flux, à chaque fois un brin de rivage s’enfonce dans l’oubli, à chaque fois un souvenir se fait plus vif, par surprise toujours, au début, il y a l’espoir d’un retour, un mot griffonné et puis s’installe la certitude d’un définitif, le temps final du rangement, tous ces fragments à rassembler en dossiers improbables, construire le tas qui fera la base du bûcher, longtemps on doit croire à l’autre, à l’Autre, après c’est une question de méthode qui libère une peu le poignet, l’image est un peu moins sotte, la preuve toujours qu’il fallait creuser plus avant, ne plus parler qu’aux esprits, ceux avec lesquels il n’y a pas commerce de semblant, aucun partage, aucun souvenir donc, pur de reprendre chemin ou de l’interrompre enfin, non pas parce qu’il y a trop de poids mais parce qu’il n’y en a plus aucun, il se retourne vers la forme de pierre qui ne sourit même pas, le vague d’un nom, souvent oubliée désormais, être seul au monde dans la bruissement de ce nom dans la fond de la gorge, lettre restante, introuvable, perdue, retenue, au coeur de ce qui est cependant le privé sans contrainte d’aucune sorte, libre de n’avoir point besoin même de se séparer, aucune catastrophe en vue que justement la catastrophe même d’être là à écrire encore, pas un mot à quoi faire allusion, aucun regard plus antérieur, celui peut être qui gratte la feuille de son geste fondateur, ne s’adresser qu’à elle, absolument, sans limite, lui laisser dès lors le pouvoir d’usage, d’en rendre compte ou pas, qu’importe, aucun oubli digne de ce nom, relire la lettre en cendres, au coeur de la flamme qui rit, au coeur de ce qui traîne dans un ruisseau noueux, avec les écrits portant héritage à qui cela pourrait faire plaisir, utilité, le chemin vers la dernière phrase, celle ci ou une autre, elle qui dit un même sexe , la surprise d’un instant dont on ne peut plus fuir, fusse  au titre d’un renvoi, comme renvoyer le vent qui se glisse dans le jardin, cette fois sans l’encombrement d’un affranchissement légitime, écrit, envoyé, effacé, ne se toucher que de la pointe sauvage des mots, la logistique des termes contre lesquels nous demeurons sans défense aucune, aucun message que celui qui s’adresse, se dresse, il est interdit de lire cette lettre, posé en principe, interdit donc d’y répondre, illisible donc, enfoui dans l’ombre des choses de passage, donc il ne resterait rien, au delà d’un deuil éventuel, mais alors demeure le poids de la présence au creux de l’oreille, intime de son intime, sans fin, dans cette parole semblable à tout qui signe le final de l’espèce que nous sommes, sensibles et comment de ne pas l’être au retrait de l’être en nous, comme lieu de la plus ferme résistance

 

un silence troublé vient distribuer des places impossibles, ou neutres, ce lointain où bouillonne un futur neigeux, un regard presque noyé, une voix perdue, rien, J’m nothing, j’y passe tout d’un coup, j’y demeure sans attente, l’écrit tourne à vide, la non rencontre qui ne peut se soutenir d’un semblant, souvenir délayé comme offrande, la lettre manuscrite selon les circuits postaux forte d’un trop fluide, ancien, au profit sans doute illisible d’une totalité non sélective, un flux , celui de l’apensée, dite automatique, le rêve maniaque d’y parvenir un temps, peine perdue sans raison que de maintenir la nuit d’une séduction absolue , je n’attends plus de courrier d’aucune sorte, je est mort, pur apparence qui fonctionne à vide, pure supposition d’un texte minutieusement recueilli, annoté entre le matériel d’un texte à venir, l’annoter à peine, entre clinique et littérature, donc l’adresse à un nom qui n’est presque plus un nom, ou alors tous les noms qui pleurent le long de la route bleue, toujours bleue, comme chez Giotto, le carnage de son esprit dans une fracture qui serait sauvé un peu d’une lecture silencieuse, sans écho, peu différente de la poubelle, il ne comprend rien depuis toujours, les paroles croisées dans l’effroi, mais elle demeure désinvolte, ne se retourne pas, ni ne se pose, la lettre sans fin une seule fois envoyée, le parfum du corps encore plus lointain, fusse un parfum, celui déversé sur le corps mort aux portes de vie

cette émotion , il faut noter la circulation ici des regards

le texte déroulé porterait alors le nom imprononçable accordé au mort

il serait question d’un être de nuit, de souffle et de fureur, lové dans une parole tiède, un loup donc, un loup qui avance sans bruit, qui ne parle pas encore ou qui murmure les dernières paroles inaudibles d’un père, source de tempête qui vient, ne pas entendre ces paroles, toujours le prince Hamlet, sa mise en chantier

 

se soumettre alors ou se révolter contre ce qui vient à travers ce silence insistant, qui respire à travers les couloirs des camps modernes, illuminés de guirlandes et de chants d’oiseaux, être prêt à dévorer ses proches, son frère, son amante, dévorer le premier, décider à travers de ce qui doit être en matière de souveraineté, de pouvoir, l’hostilité absolue d’avec le semblable, l’inventeur de la loi au pied du gibet de son frère, dès lors pouvoir traiter ses semblables comme du bétail, l’hostilité absolue envers son peuple, révéler la nature animale de l’homme comme force, ne plus être tenu par le fragile barrage contre la bête, qui elle justement demeure dans la stricte observance de la loi instinctive, donc sauter plus avant dans l’ombre de la bête, y puiser la force du ressenti sauvage, devenir ainsi souverain d’être animal ,criminel, hors loi justement, devenir criminel, pire que celui qui ombre la loi de son commerce, brut absolument, loup soi même, enfin, s’abreuver de sang et refuser la couardise du déjà posé, vocifération de la voix qui engloutit, avide jusqu’au coeur, semblable et destructeur du grand serpent, 

ce à quoi s’identifie l’être de plus de pensée, systématique de l’appareil despotique même comme présence, le transformé selon la pulsion de mort

 

le roy sauvage se pose sur le sommet de la plus haute tour, il parle et raconte justement une histoire sans objet, il enseigne Stalker, il raconte comment Mouawad a pu trafiquer ceci à sa guise, recouvrir la chambre de peinture, en quelque sorte il fonde un récit qui va ordonner le savoir, il va amplifier le sens d’un mouvement rapide, souverain, le meurtre doit être avant tout diffusé en spectacle pour celui qui pourrait se dire victime

il s’agit de produire un sens absolu, la légende est ailleurs, toujours

disposer de l’archive du monde et la diffuser selon le sens décidé, tel est le vrai pouvoir, sans cesse en détourner l’image d’un cran, tel est le travail de résistance, résistance avant tout à la peur organisée, le citoyen devant livrer sa nature à la loi de la protection, , revenir sans cesse à Schmitt qui théorise tout ça dans un espace où son texte va s’occulter pour demeurer plus radical, ni Dieu ni bête repère Derrida car il s’agit de fonder en abstraction la prise du pouvoir, l’hors loi qui devient loi, la subversion démocratique par le léviathan ordinaire, plutôt médiocre, d’autant plus radical et féroce que médiocre, tendresse du loup qui vient d’une caresse dévorer ses sujets

 

 

lettre neuve pour liste terne , d’un coup de dé qui se veut souverain, peu d’amour en regard de la sauvagerie  vraie, vis à vis de laquelle il n’y a aucune sauvegarde autre la certitude des coups du gardien des tombes, la vérité ici est le pire qui puisse surgir d’un mot, toute survie est de l’ordre du semblant, le maître a dissipé tout malentendu, seul compte la nomination codée sur l’avant bras, tout le reste est poussière de pensée, le sommeil est lourd aux paupières closes de nuit, les limites sont franchies, cette envie de vomir à la lecture des derniers poèmes

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