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Charogne!

 

Charogne!

 

En decembre 55, Lacan nous invite à suivre les méandres d’une jeune psychotique qu’il épingle de paranoïa pour aussitôt souligner le trait saillant qui n’est point comme ce qu’un vain peuple pense à savoir méfiance, susceptibilité, rigidité mais «un sentiment au contraire extraordinairement bienveillant», «une femme charmante et aimée de tous», ce qui rend d’autant plus douloureux ce que lui adresse ce libertin , un gros mot, qui répondait peut être à son expression «je viens de chez le charcutier», cochon eut-elle dit dans une psychologie de bazar où se complet la névrose du clinicien, point d’imaginaire ici autre que ce que cet homme dit en passant, parmi les voiles d’une réticence bien légitime «truie», cet homme donc est certes persécuteur théorique, il est aussi dans le sentiment de cette femme l’objet d’une grande perplexité, certes en écho à l’intrusion de la maîtresse dans le privé de cette femme, couple mère fille dans l’arrière fond de la mère d’Anzieu, bref cela parle en direct pour énoncer sans doute cette fois «truie!» venant non pas d’un lieu Autre où l’on place volontiers quelque Dieu mais bien d’un effet spéculaire direct, c’est l’autre qui cause et renvoie cette femme à son être propre de viande de charcuterie, disjointe en son corps même au delà de quelque cochonnerie que notre humour grossier suppose et pourtant c’est bien dans l’incompréhension de structure que va venir le circuit retrouvé de la parole car d’énoncer à ce semblable sourd qu’est le  médecin que va procéder l’effet en retour d’un Autre sans doute un peu sauvage mais qui humanise les morts vivants des semblables, les ombres font retour et parlent

Dans cet épisode du walking dead un mort se met à crier en contradiction neurologique avec la leçon que l’on vient de recevoir du savant, à savoir que le réveil du mort n’est que bulbaire, le cortex n’y figure plus

Schreber face à Dieu justement qui lui raconte , lui le dernier des hommes, ce à quoi sa nature est réduite «charogne!», luder! douce pourriture, là encore cette injonction va plus loin que le destin souffreteux de la viande

 

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux:
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,

ce que Baudelaire modernise de la belle marquise

Le cadavre de l'animal devient souvent une source alimentaire pour un autre animal dit charognard

Les charognes deviennent également rapidement de milieux propices au développement de champignons, bactéries, insectes , micro écosystèmes  complexes tant qu'il reste des matières organiques.

l’ombre de soi parle, hallucinant un énoncé qui souligne l’abandon d’un corps livré à une pure organicité, l’injure réveille le mort vivant à la parole, le voilà étrangement incarné depuis le somnambule à son existence dont il n’était que l’automate, en somme le sujet se dédouble et dans cet écart horrifique se distingue, phase Valdemar de surgissement du sujet, l’imaginaire se déplie dans cette parole qui institue l’Autre si un témoin recueille ce dire étonnant, un cri, cette fonction du témoin comme auditeur humain du cri est vrai dans l’autisme, l’orée de la psychose, la psycho-somatique, on voit bien comment la médecine est ici antinomie du sujet, et combien la théorie du sujet averbal est en attente avec d’autant plus d’urgence que le régime capitaliste normalise le statut de mort vivant

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