Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Bonnard

 

Bonnard

 

Il y eut Bonnard certainement, la sensualité possible de l’espace intérieur, un intérieur en tout cas qui sait l’antique rapport à l’image, qui se souvient nécessairement de la peinture romaine, l’éblouissement maîtrisé de la lumière. Il faut remonter plus avant, à l’orée des cavernes , lueurs des torches, crainte de la Présence dans la Nuit et pourtant les masses animales qui viennent à se confondre

 

 

Le peintre oublié , sans nom autre que l’exactitude de son trait, qui bouscule la compacité du monde naturel puisqu’il vient dans la parole. Le trait, qui marque sur l’os la prise du chasseur, effectue l’orée du dessin, découpe un S1 indistinct mais qui déjà annonce l’explosion de la parole, qui est l’ouverture des yeux au regard.

 

 Le premier dessin est celui du premier meurtre, nécessairement, c’est ce qui complète Totem et Tabou, le peintre est tué,

 

 c’est exactement ce que propose Greenaway, qui médite donc sur l’impasse de la construction perspectiviste qui est la tentative de cadrer l’un-sens de la réalité.

 

 il y aura donc un souvenir de cette scène de sortie de l’autisme originaire qui passe par les récits fondateurs religieux puis scientifiques. La polysémie des dieux préservent d’un écrasement sur le sens de l’UN. La peinture romaine se souvient encore du mystère de l’être.

 

 

La porte est ouverte sur le plus indistinct carnage, la volonté technique d’utopiser le monde contre la loi. Poussin , hyperclassique, se souvient du frémissement de l’image. 

 

 

Il faut attendre encore la montée de la guerre totale, la haine du concept, la haine des Lumières. Corot va donc à Rome retrouver la lumière des ombres oubliées

 

 

encore beaucoup de chemin, le refus académique. Il n’est pas indifférent que Bonnard  fasse des études de droit avant de se confronter au trait dans la couleur (Dufour des études agronomiques)

 

il n’est pas indifférent non plus qu’il fasse cela selon la ligne de Benjamin, c’est à dire le plus complet ravalement de la réalité de l’image dans la photographie. Il photographie donc et peint l’intimité de Marthe.

 

il faut l’imaginer venant le soir visiter Renoir “pour ne pas gâter la séance”, cette même présence aux choses, l’indifférence au monde qui s’agite loin de la lumière qui monte des choses et des corps  . Il peint dans ce qui est l’amour de Marthe jusque presque à la fin de sa vie, son corps à elle éternellement inaccessible, loin de la violence phallique de Picasso. Après cette mort, il continue, soutenu de la lecture de Proust et Mallarmé “jamais la lumière ne m’a paru si belle”. jusqu’à la fin. Il garde ses maladroits clichés, jaunis si peu professionnels, si terriblement réels, le flou déjà baconien des visages, la confusion dans les formes.

 

Il ne faut surtout pas décoller d’une forme visible de superficialité, la lourde coulée de couleurs demeurant au delà de l’image , dans la rudesse du trait. il n’y a pas de compagnon de route, juste après avoir fait ses classes, la scène de peinture cadrée par une pièce d’eau qui met à plat la profondeur de champ, qui fait briller une sexualité improbable puisque non phallique d’être si loin du sens. D’ailleurs les jeux de miroir vont faire basculer l’ordre de la représentation du côté de la présentation impalpable de la chose. 

 

Il y a peu de gens qui savent voir, bien voir, voir pleinement, qui peut décrire le cabinet de toilette au canapé rose ou encore nu rose , tête ombrée, sinon essayer de le toucher des doigts, s’essayer à son tour à l’impossible attente d’une forme qui tient à la projection de surface, le retournement de la perspective dans le miroir produit exactement la fusion du corps dans le paysage, indistinction. 

 Marthe est nue dans la nature, la toile où elle se fond peu à peu est épinglée au mur 

“travailler dans des mesures imposées me paraît intolérable, la conception étant toujours plus ou moins coupée ou modifiée par des mesures matérielles. C’est pourquoi vous ne voyez pas de châssis. Je travaille toujours sur une toile libre, d’un format plus grand que la surface choisie pour peindre; ainsi je puis modifier. “

 

après toutes ces longues après midi de travail sensuel et précis, donc réel, Bonnard est seul, il signe une dernière toile, un amandier en fleur, il y a une tâche verte sous la signature qui ne lui plait pas, un ami recouvre de jaune, le nom lui aussi s’efface dans la lumière

 

aucune différence entre le paysage et la chambre, une même main

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article