apocalypse now
Le roman recommence à chaque fois au même point ou presque, puis se met en boucle sur ses formes antérieures , comme si un certain niveau d’achèvement demeurait de fait impossible ou différé, cela n’a peut être pas tellement d’importance puisqu’il s’agit en fait, à chaque fois, d’user un réel...plus loin, à l’exemple du tableau qui repart ai point où l’autre s’est effondré
Le cabinet du docteur Paul est installé dans un ancien presbytère , qui lui fut légué par une grand tante, ainsi que divers bâtiments à l’entour dont une église gothique et une maison de maître au bord d’un petit lac, mais l’épouse de Paul ne supporte pas la campagne et préfère vivre dans leur maison en ville. Le docteur Paul fait ainsi beaucoup de route tous les jours . Petit à petit il a cessé en début de semaine de rentrer ainsi tard après ses consultations et il préfère lire quelque ouvrage d’alchimie au coin du feu, surtout en hiver lorsque les jours tombent rapides et humides. Bien sûr quelque voisin l’invite souvent à venir prendre un verre au moins mais il refuse presque à chaque fois, prétextant fatigue ou études. Il a gardé dans sa salle d’attente l’installation bariolée qu’une amie plasticienne a fabriqué pour le jour de l’inauguration officielle des lieux. Certes avec le temps les coloris et les matières ont pris une allure effacée mais cela limite toujours les impacts monastiques trop directs sur une clientèle qui vient parfois de fort loin pour le consulter. Il est difficile de savoir dans quel domaine il exerce, les bruits de l’âme sont divers et les styles de chacun nécessitent des champs opératoires tout aussi divers. Les voitures se succèdent devant le porche de l’église tandis que des paroles porteuses de l’infinie patience de l’être s’échangent face aux coteaux qui ce jour sont envahis de brume.
ça commencerait comme ça et la radio monotone raconterait ce qu’elle raconte toujours, une tuerie aux USA, la dette européenne, la crise économique. Le ciel pourrait être dégagé ce matin là après la pluie. Paul aurait même jeté un oeil sur la toile blanche déposée sur le chevalet, toujours dans son plastic, il aurait rapidement fait demi tour pour rejoindre le café et la bibliothèque. Il s’efforçait de maintenir au moins un certain niveau de lecture mais n’y arrivait guère. Il se surprenait à pouvoir rester de longs moments immobile à ne penser à rien ou presque. Certes il réagissait toujours assez vite à quelques invites plus ou moins directes qui lui parvenaient sur le net mais c’était plus pour évacuer la chose que pour y répondre vraiment. L’angoisse qui ne le quittait plus s’estompait rapidement dans la fréquentation des autres , à travers lesquels il pouvait la plupart du temps s’oublier mais celle ci le reprenait dès que la porte se refermait sur le dernier de la journée. Les rituels compulsifs ne pouvaient pas grand chose à ça. Il évitait le radotage sur le suicide ou les diverses formes de bondieuseries. Il avait remarqué depuis quelques temps que lorsqu’il croyait investir quelque chose , aussitôt la chose passée, il l’oubliait comme s’il n’avait réagi que par pure mondanité. ça pourrait donc raconter l’histoire d’un type décalé dans le présent et qui lentement serait en train de fondre en lui même, ce qui serait l’acceptation après tout de sa fin. S’il eut été plus jeune, sans doute eut-il pris la route mais à l’heure actuelle il n’aurait pas pu physiquement aller bien loin. L’amie plasticienne avait échangé avec lui sur les plaisirs de la gravure. Il se rendit compte à cette occasion qu’il avait complètement oublié son intention pourtant très proche de s’initier à ce qui aurait pu renouveler dans la forme sinon dans le fond son résidu graphique. Il sentait l’automatisme de ses réponses, Alechinsky, Picasso, Rembrandt. Cela le renvoyait aux changements conjoncturels de sa maison en ville, changements qui pourraient être plus durables et qui avaient déplacé certaines toiles dont il mesurait, puisque décrochées, leur parfaite inanité , sans pour autant trouver quelque réconfort dans l’affichage plastic de son amie. Pourquoi celle-ci avait-elle au dessus de la lèvre supérieure un trait qui ressemblait à une petite moustache? question qu’il ne faut sans doute pas poser mais qui conditionne grandement le nature de l’entretien. Qu’importe d’ailleurs, le jour se levait quand même et Paul allait sortir de sa vague torpeur pour se fondre dans la parole hésitante de l’autre
Avec la lumière qui monte, la scène se déplace dans un vaste atelier où semblent se condenser un certain nombre de lieux fétichisés, étrangement le regard croise des lieux à la juxtaposition improbable, le sombre de Courbet, le puits de Rothko, la cave de Freud, la pagaille de Bacon, l’usine de Kiefer... sorte de mosaïque , la fille de toute façon est après la pose, le corps nu enveloppé d’un drap, le peintre lui tourne le dos, il regarde la toile sur laquelle il n’y a rien, Paul rêvasse entre deux, son oeil n’arrive à se poser sur le livre ouvert, la leçon sur la scène des rats
il y est question d’un sujet normal c’est à dire qui n’est susceptible de s’adresser à qui que ce soit pour poser sa question, sa souffrance, voire son ennui, un sujet qui n’attend rien d’un Autre, d’un autre, un sujet qui serait sans doute sans symptôme de fait sexuel, fonctionnant comme automaton jusqu’au point où la chute des idéaux viendrait structurer quelque certitude anonyme, et le tout hors fantasme, ce qui n’est pas le cas certes de ce cher militaire qui cherche à conjurer comme dit Freud «l’horreur d’une jouissance par lui même ignorée» et ce par tout un emboîtement infini de souhaits et de scrupules qui maintiennent à distance cette jouissance qui ne cesse sans cesse de s’affirmer plus forte puisqu’elle désigne justement un point réel d’où le lit justement la structure même du signifiant comme coupure et non plus comme sens l’un l’autre, c’est d’ailleurs autour de ça que se joue le réel sexué, non pas un homme ou une femme mais le différent d’un homme à une femme
Paul reprend la Niemandsrose
Dort
Silben-
mole, meer-
farben, weit
ins Unbefahrne hinaus
le non navigué, voilà le mot, ...
pris entre la métaphore qui sature le sens et la métonymie qui efface le mot sur lui même, l’hors sens qui est réel, mais l’hors sens est insupportable d’où cet appel soit à une saturation phallique, soit à un imaginaire volontiers télépathe c’est à dire continu