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Antonioni

Antonioni

 la notte

 

Il y a toujours des plans perdus, des phrases suspendues, un goût de cendre, le goût des choses nues, le glissement progressif de l’intention, la perte des limites et la course inutile au sens, nous sommes fantômes pendus déjà, donc il n’y a pas de récit, juste des plans toujours un peu décentrés, des images en moins et en trop, et donc une infinité de montage possible, il ne reste guère qu’à raconter ce qui se voit

lui il se meurt, l’amoureux transi de la femme, ils sont venus le voir une dernière fois

il est question du livre de l’homme, comme dans la dolce vita, sauf qu’il y a ici des corps qui essaient encore de se toucher

il a droit à un dernier verre, d’ailleurs il n’y a que lui qui boit le vin des morts

la femme part et les laisse tous les deux face à la mère qui demeure silencieuse

elle est sorti, noyée d’émotion, ce seront les seuls de toute cette traversée, tandis que lui se laisse entraîner par la nymphomane de service

il la retrouve, elle sait qu’il est parti à l’intérieur de lui même

peu importe qu’il lui raconte ou non l’épisode, de toute façon l’amour est mort avec l’autre, il ne reste plus que la caricature du possible

ils vont donc se livrer à leur quotidien, signature de l’ouvrage

elle s’est enfui vers le rien, il sait pour eux maintenant, la suite est sans importance

elle regarde des corps qui luttent, une fusée qui vole, elle finira par lui demander de la rejoindre pour la mise à mort

elle choisit un paysage vaguement mémoriel

 

elle le regarde captif du semblant

elle se prépare pour le jeu, le plan souligne le sordide de l’affaire

la sortie à deux ne fonctionne pas, ils s’ennuient, autant rejoindre les autres

 

les rencontres formelles se succèdent en pure perte

à sa façon elle cherche un homme

lui une femme 

ils se croisent régulièrement pour constater l’évolution de chacun

 

le riche veut acheter la pensée

 

le piège est bien sûr sa propre fille jouant derrière les miroirs comme un enfant

pendant ce temps l’ami est mort

 

la séduction en prend un peu d’énergie même si lui ne sait pas

elle a trouvé l’homme le temps d’un orage, ne pas le toucher surtout pour garder l’avantage

la scène n’a pas eu lieu ni d’un côté ni de l’autre et pourtant la coupure du signifiant est manifeste

c’est le temps des adieux, des ultimes mises au point, l’effacement du possible

la mise à mort est lente, minimaliste, encore un peu bavarde

ce qu’elle dit est encore de trop, un peu trop réaliste

elle demeure prise dans l’écart du net et de l’incertain

il n’a plus que le vide devant lui

même pas la présence de la chose comme dans la dolce vita, ils se jettent à terre

 

voilà le désert rouge et sa musique de folle et sa couleur verte où entre le rouge et son univers d’industrie mortelle, voici la folie de voir le monde tel qu’il est dans l’horreur de sa naissance bleue et guère neuve il est vrai, voilà aussi le temps du silence et de la rencontre improbable entre un cargo et une machine à tartiner le désir, ce fut une belle tentative plus de saison, juste de petits fragments qui vont s’effacer avec la mémoire de l’ordi

 

"Auparavant, c'étaient les rapports des personnages entre eux qui m'intéressaient. Ici, le personnage central est confronté également avec le milieu social, ce qui fait que je traite mon histoire d'une façon tout à fait différente. Il est trop simpliste, comme beaucoup l'ont fait, de dire que j'accuse ce monde industrialisé, inhumain, où l'individu est écrasé et conduit à la névrose. Mon intention, au contraire (...) était de traduire la beauté de ce monde, où même les usines peuvent être très belles... La ligne, les courbes des usines et de leurs cheminées sont peut-être plus belles qu'une ligne d'arbres, que l'oeil a déjà trop vue. C'est un monde riche, vivant, utile."

"Pour moi, je tiens à le dire, cette sorte de névrose qu'on voit dans Le Désert rouge est surtout une question d'adaptation. Il y a des gens qui s'adaptent, et d'autres qui ne l'ont pas encore fait, car ils sont trop liés à des structures, ou des rythmes de vie, qui sont maintenant dépassés. C'est le cas de Giuliana. La violence de l'écart, du décalage entre sa sensibilité, son intelligence, sa psychologie et la cadence qui lui est imposée, provoque la crise du personnage. C'est une crise qui ne concerne pas seulement ses rapports épidermiques avec le monde, sa perception des bruits, des couleurs, des personnages froids qui l'entourent, mais aussi son système de valeurs (éducation, morale, foi) qui ne sont plus valables et ne la soutiennent plus. Elle se trouve donc dans la nécessité de se renouveler entièrement, en tant que femme. C'est ce que les médecins lui conseillent et qu'elle s'efforce de faire. Le film est, en un certain sens, l'histoire de cet effort.""(...) c'est un film moins réaliste, d'un point de vue figuratif. C'est-à-dire, il est réaliste d'une façon différente. Par exemple, je me suis beaucoup servi du téléobjectif pour ne pas avoir de profondeur de champ, celle-ci étant justement un élément indispensable du réalisme. Ce qui m'intéresse maintenant, c'est de mettre les personnages en contact avec les choses, car ce sont les choses, les objets, la manière, qui ont du poids aujourd'hui. Je ne considère pas Le Désert rouge comme un aboutissement : c'est une recherche. Je veux raconter des histoires différentes avec des moyens différents. Tout ce qui a été fait, tout ce que j'ai fait jusqu'ici ne m'intéresse plus, cela m'ennuie."

entre Godard et Tarkowski, il est question dans le fond d’un espace 

non narratif jouant de la sensation, couleurs et son, le signifiant portant hors signifié, c’est effectivement essentiel, il faudrait y réfléchir à partir de Deleuze et peut être de ce que nous avions pu avancer sur la couleur

 

avec la Cronica di un amore, Antonioni décrit un espace dramatique assez classique, presque policier, dramatique où la question sur le passé de l’épouse déclenche un processus de mémoire où la vérité d’un premier meurtre finit plus ou moins indirectement par un second, le côté noir est pourtant sans cesse suspendu à quelque chose qui se passe plus ou moins entre les acteurs, l’homme impuissant du monde et la femme mondaine devenue, l’univers de cette passion imaginée est triste comme l’impossible d’un dire et la caméra se fixe sur le visage éternelle d’une femme

"le moment le plus dur est celui où on se rhabille" disent les amants, incapables de se sourire comme de se mentir.

le fond socio économique flotte presque en vain autour comme toujours

il y a des plans tout à fait heureux autour d’escaliers, la camera qui suit les corps, il vaudrait reprendre ça plan par plan puisqu’il y a ce mouvement tournant dès qu’ils se revoient

la question du réaliste commence avec la description de l’humble qui est interdit de vision par le fascisme, mais très vite il s’agit d’effectuer un déplacement en épaisseur, et le réalisme se fait décor, fondement et absence de sens, le montage et les essais formels techniques sur les couleurs, tout ceci contribue à forger un espace profondément analytique.

la dame sans camélias est un melo plutôt sans intérêt, le conflit interne de la femme est plutôt sociologique, finalement elle perd tout sur ce plan, réduite à une pure image stupide qu’elle avait fin i par récuser au nom de l’amour déçu pour suivre les propos ici assez étrange de Cuny venu de nulle part, il s’agit certes de décrire les mœurs du cinéma populaire mais à aucun moment le film ne s’intériorise

on a beau dire que c’était Gina Lollobrigida qui devait tenir le rôle, qu’après tout Antonioni filme toujours des romans de gare à deux sous, il est quand même difficile de lire le style.

profession reporter fait un saut en avant vers la narration zéro, ce type dès la première image est mal parti, il va mourir, il essaie de différer, se perdre dan,s les sables, rencontrer des insurgés, prendre la place d’un autre mort, il croit pouvoir changer d’identité, qui ne le souhaite, il ne peut que finir par mourir de cette seconde vie même, sans identité aucune d’ailleurs

 

croiser l’Albertine de Proust en ses débuts et l’identification d’une femme plonge aussitôt dans l’exactitude clinique, la lucidité tendre de l’un et le scalpel errant de l’autre, rencontre hautement improbable et désirée, ce glissement incessant qui s’ouvre hors de toute surdétermination, voilà que les parcours se font volages et que les coeurs doivent écouter la leçon du désir, ce jeu cruel qui file dans le brouillard de l’amour, il ne voit que le reflet de son ombre dressée, et se heurte au creux sans cesse oublié, dès que l’on sort de la psychologie, de la sociologie alors de pâles lueurs montent du ventre, voiles tendus 

 

 

L’éclipse surgit peut être après la nuit, en tout cas rien ne va plus dans ce couple, rien n’a d’ailleurs jamais été , il s’accroche un peu, pour la forme, elle part vers le rien, croisant la bourse qui marchandise l’amour comme le reste, elle y croise un être improbable avec lequel elle se fait croire qu’il y a encore le possible de minuscules rencontres, des points de convergence au bord de l’absence la plus radicale, il suffit de suivre le regard de la femme, elle joue au bonheur, elle change d’éclat en un instant, elle se perd dans l’évidence de ce leurre peu brillant, il ne se passe rien que des glissements de cadrage et de gris, l’homme impose un rythme trop lourd, une possession, elle est d’après ces jeux , elle n’invente pourtant rien de nouveau, elle s’écarte, un voleur se tue en se noyant et des femmes parlent d’horizons perdus, après il n’y a plus personne, que des fantômes à peine mobiles, et à la fin l’éclair net qui détruit tout

 

je n’ai aucune mémoire de l’éclipse, je me perds dans une mémoire saturée, il faut revenir bien sûr à l’élémentaire et peu à peu comme dans un demi sommeil le souvenir revient, net comme un rêve, au delà du récit qui importe bien peu, là directement dans le champ effrayant qui s’ouvre devant, cette peur, alors il faudrait faire comme pour la nuit, image par image, lentement comme ces voiles déposées sur le sensible , toujours devant

"J'étais à Florence en train de filmer une éclipse de soleil. Il y eu un silence différent de tous les autres, une lumière terne puis l'obscurité et un calme absolu. Je me suis dis que pendant cette eclipse, même nos sentiments sont en suspens. C'est en partie de là que m'est venu l'idée de L'éclipse (Quel bowling sul Tevere, Michelangelo Antonioni, Turin, 1983, p. 196)"

ce film se prête finalement à la lecture infinie

elle est dans le paysage , dans le présent de son être, disponible et fermée

tout se joue dans un espace vide, au pied d’un champignon de béton qui voit tout ce qui se passe, auprès de palissades et de constructions ou de soutien d’immeubles qui ruinent

très exactement à un carrefour où il revient la chercher, où elle revient pour qu’il la cherche, tout près d’une barrière de paille que l’on découvre de plus haut

l’essentiel se joue dans le détail des choses, après, il se dit que l’éclipse vient après la nuit, pourquoi pas

zabriskie point

il est sans doute tentant de faire ici un film culte parce qu’il raconte la jeunesse de la guerre du Viet Nam quand nous aurions pu être jeune comme Fonda , et que nous vîmes passer le souffle de la révolution au dessus de notre existence morne de provincial ignare et boutonneux, la violence sociale y est nette, pleine de futur noir, la camera est proche des corps, à la limite du flou ou distante à la dimension de cet ouest à l’époque sans limite, et puis le couple s’enfonce dans le réel, d’abord la danse d’amour avion-voiture puis sexe et désert , le couple multiplié par la grâce de l’open theatre, et puis le garçon se fait descendre par la police et puis la fille de la puissance de sa pensée fait sauter la villa construite sur le désert et qui rêve de l’envahir, et puis il y a la musique, et puis ce côté vieillot porte la flemme de ce qui n’a pas eu lieu

 

et puis il y a le Floyd

l’avventura nous plonge dans ce qui serait la dolce vita filméé par Bergman, les hommes sont réduits à des fonctions péniennes de gravitation séductrice, et les femmes ont renoncé à l’amour pour se résoudre à échanger ces hommes sur un mode passif, Anna disparaît et son amie la cherche et la remplace pour être remplacée à son tour, ces êtres sans assise sociale errent d’un yacht à une ville, la falaise de l’île est aussi la façade des églises de la fin, une femme regarde son amie faire l’amour, elle attend son tour sans attendre, elles échangent vêtement et homme, la caméra suit les choses, le surplomb du vide toujours présent, la chute, la disparition, le mondain est moins présent que dans la nuit, les choses moins présentes que dans l’éclipse, il y a la dérive vers rien qui y fait place

Blow up

presque film policier, presque intrigue, tout film policier est dans le fond de la métaphysique pure, ici le plan large, camera basse sur le pré vert, tandis qu’à l’horizon s’agite justement les sans nom, sans visage, tu veux voir et tu ne vois rien, David Hemmings si anglais et Vanessa Redgrave si désirable, mystérieuse et fragile, qui demande, que v eut-il, il regarde certes , mais quoi, l’objet de son désir se matérialise dans cette femme posible, désirante, et puis tout s’efface, une vague ombre photographique signe une preuve invisible, un homme a été tué, reste aussi la couleur Courège, Herbie Hancock et les Yardbirds et une tonalmité ironiquement anglaise, les clowns entre Fellini  et Kubrick passent pour finir d’un tennis imaginaire, il rejette la balle fictive et il est seul dans le vert

le cri

sur fond de realisme entre fin de guerre et capitalisme joyeux, dans la misère nue, un homme entre deux femmes, il a quitté l’une pour l’autre qui lui a fait un enfant, mais elle était mariée avant, et le mari était parti et elle était sans nouvelles, mais il meurt loin, et elle a un plus jeune amant, lui est désespéré, il erre avec sa fille qu’il ne peut garder dans ce paysage désolé de survie, il croise des femmes qui voudraient tenir cet homme mélancolique , l’amour pour ce regard qui voit si loin, il finit par rentrer , c’est la guerre de l’état contre les paysans, et lui il retourne à l’usine et quand l’aimée lui crie, il vacille de la tour et s’écrase, tout est calculé déjà dans ces plans effrayés, rien que la scène où la fillette en fuite croise le groupe de fous voudrait la vision, commentaire infini comme toujours chez ce diable d’homme

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