à propos d’adolescence
Paranoïd park livre la scène oedipienne à sa parfaite cohérence, le hasard d’un chemin et l’innocence vire au cauchemar, brusquement il s’agit d’être enfoui dans l’existence adulte, celle du commerce, de la guerre. Le héros est bien sûr fortement dans l’impossibilité d’être confronté à aucun père, c’est donc le personnage le plus banal, accidentel qui va faire fonction de support, c’est là que l’on sent qu’il ne peut y avoir aucun passage symbolique possible mais bien un semblant tragi-comique qui ouvre sur l’absence d’être dans un monde désordonné d’étants similaires. Le flou filmé des situations de vie, rouler sur une planche s’ajoute au hoquet narratif, à la bande son citationnelle, cette fois semble t il plutôt que Shakespeare, Fellini, les gros plans où le héros marche, le regard sans but, même l’initiation sexuelle qui fait suite au meurtre demeure hors propos, mais après tout le monde hors symbolique est aussi le monde du rapport sexuel universel puisqu’il n’y a plus de réel, juste des opérations de dérive des signes.
Jacques Mandelbraum semble voir là dedans un négatif d’Elephant, puisque le néant ne serait pas au bout de cette histoire, comme si Gus Van Sant avait permis à son adolescent une sortie, qui semble être effectivement de brûler le texte. C’est d’ailleurs l’absence de texte qui anime les jeunes en skateboard dans la banlieu infâme de Portland
IL faudra bien sûr reprendre tout ça dans la série des opus
Mala Noche
Drugstore cowboy
my own private idaho
even cowgirls get the blues
prête à tout
will hunting
à la rencontre de Forrester
psychose
gerry
elephant
last days
This is England pose la question dans un monde tatchérisé c’est à dire livré à la guerre sous toutes ses formes, avant tout des gouvernements contre les sujets, d’où cette atmosphère de ruines, d’errance, de vagues rapprochements des personnes, mais cette fois le père est déjà mort, tué par l’Etat et donc le deuil va rapidement se noyer dans une forme identitaire où il n’est question justement que d’un père réel, archaïsme d’une forme extrémiste du fascisme cependant active, et ce n’est pas parce que l’enfant trop vite grandi va jeter l’ étendard nationaliste que l’affaire va se nouer vers un bien, son regard est vide comme le ciel gris
Hard Candy est sans doute un film stupide mais qui cherche à inverser la proposition pédophile afin d’en structurer le propos non pas autour de Lolita mais bien du jeune combattant puisque c’est l’enfant qui traque le tuer pour le mener au suicide, seule issue possible de la tendance, donc quelque chose de simpliste et pourtant d’étrangement questionnant dans la série révolution culturelle
Le texte de Dennis Cooper “Défaits” permet de reprendre la question de l’adolescence comme potentiel criminel . Il est difficile de se faire une idée du texte de départ mais la traduction de Julia Dorner offre un tableau étrange où les locuteurs se perdent dans un récit plus ou moins à la première personne sauf qu’il n’y a pas de sujet mais des flux qui traversent une dissociation identitaire, toxique et violente, un pas de plus est franchi vis à vis du meurtre paranoïaque politique, cette fois l’@sujet ne sait pas trop ce qui arrive, à travers ses obsessions centrées sur l’impératif plus ou moins constatatif “pédé”, il demeure qu’à travers ce récit errant sans cesse questionné par une réalité plus ou moins triviale s’opèrent les scène fondatrices du drame tragique. Aucun jeu névrotique mais bien directement inceste et meurtre épinglés du doute le plus radical. Le lien de l’adolescent n’y apparaît plus que comme furie, de sorte que le Capitalisme offre ce visage nouveau du meurtre erratique au delà des khmers rouges, gardes rouges, orage mécanique autres éléphants.
Le film Elephant prend les choses de manière assez différente comme une sorte de normalité , la camera se balade sur fond de musique classique car nous l’apprendrons le cerveau des tueurs est un fin pianiste, la camera découvre un sujet, le suit le perd, le retrouve dans une autre cadrage, des petites histoires de chacun, un lycée quoi, mais les personnages se font parfois minuscules flous dans l’horizon des couloirs, la tension ne monte pas, on passe au meurtre comme autre chose, pas grand chose dans le fond, il suffit de ne pas se trouver au mauvais moment où ça se passe, comment faire autrement que tous les tuer, un peu de vengeance, un peu de nazisme, un peu de jeu video mais surtout le plaisir de tuer comme ce lien qui fonde le social