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note litteraire

note litteraire

 

le sujet se défait dans le mouvement même des lettres, il est inclus dans le glissement incessant des contenus et des formes, il est à la fois le témoin de son texte et le lieu de sa production, les masses compactes du récit se pulvérisent en fragments pris au hasard et l’ensemble est un ouvert que rien n’arrive à contenir sinon une mémoire de machine, chaque fragment remet en cause la cohérence de l’ensemble et en même temps le complète d’un détail nécessaire, d’une articulation ouvrant de nouvelles pistes, le système serait total si maîtrisé, mais il impose son rythme variable, et ce d’autant que la lettre est ramenée à une équivalence d’écriture, d’image, de video, de son, la prise aléatoire n’implique pas pour autant un reflus vers la confusion puisqu’il y a des morceaux dans des sortes de boîtes virtuelles et que même certains segments ne sont pas repris dans la forme, par exemple un certain niveau de réponse, Saül y a renoncé parce qu’il ne s’agit que d’éléments trop partiels, et musicalement trop hétérogènes, une certaine dose de privé est également exclus ou localisé dans ce qui porte la section roman, lui même est un contenant de l’ensemble même s’il résiste à la publication , pour l’instant du moins, ce qui n’est qu’un moyen commode de maintenir sinon une maîtrise de structure du moins une maîtrise de plans, le poème par flot vient bouleverser l’ordre universitaire ou narratif mais il reflue très vite dans l’analyse même de sa production, l’exercice local porte sur un effet de groupe où le narrateur se trouve pris, donc une séquence ordonnée par une cérémonie, ici un prix littéraire local, ce qui inclut aussitôt l’auteur récompensé à l’écriture ou comme écriture, le fond d’exigence étant toujours , vu le contexte la longue phrase de Proust prise au récit d’existence, la ville de Joyce où se perdent les sons, les bruits du monde en furie de Céline et la pulvérisation des identités de Pessoa, rajouter une goutte de cut up, mélanger, faire cuir à feu variable, doux, puis vif, puis gélifier le tout

Les deux femmes se rejoignent autour d’une table haute, Aude voudrait que Violaine lui parle de son rêve de Bali, mais l’autre est sans réaction, elle n’a souvenir que des embouteillages entre la villa et la plage, elle ne voyage pas , elle se déplace, la vie des balinais, les formes actuelles de l’ indouisme, elle s’en fout, elle se croit dans le jet du monde, l’horreur économique incarnée mais soft, dévouée, les petits qui souffrent dans les hopitaux et tout ça, Aude renonce à ce qu’elle constitue comme rêve de Bali, et revient sur le terrain actuel, le repas du lendemain dont deux , même trois femmes, qui en seront, se trouvent dans l’environnement proche, l’une fait l’objet de leur attention, il y a sans doute une jouissance à débattre d’elle si proche, qui parfois frole, écoute peut être, se doute, elle colle dit-on, cherchant à faire contact avec l’un ou l’autre dans la célébration locale des micro-pouvoirs, elle faute dans la forme et le fond, invitant qui il ne faut, interrogeant ce qu’elle ne doit savoir, Saül écoute indifférent à cet échange aussi stupide que son convenu

Marie est une femme volumineuse, joyeuse, bruyante, affectueuse, maladroite, bien élevée, inculte, elle est accompagnée d’un mari aimable , généreux, confus, ce soir là en costume maffieux, il a l’air un peu triste, fatigué, il s’inquiète pour sa pompe cardiaque, la pression des artères dilatant progressivement une valve, à la limite des fuites de disfonctionnement, Alexandre suit Marie ou la précède, il parle peu ou beaucoup, difficile de savoir de quoi, in fine il y a toujours une vision secrète du monde, et des destins à imaginer

Le président du groupe a pris la parole, depuis un fauteuil d’où il peut de moins en moins s’extraire, il préside un groupe bourgeois, débris de clubs mondains, à visée de culture locale mais sans référence aucune à ce qui s’articule de cette culture même, réduit d’un repas l’autre à faire croire que des choses se pensent, Pierre fait oeuvre de célébration, d’ironie sur la convention qu’il respecte encore plus de fait, il raconte des trucs sur la page blanche , la souffrance du héros écrivain et finit sur son grand père basque qui vénére les livres

d’autres se succèdent à la tribune, paraphrasant plus ou moins l’auteur, rendant impossible la question critique, un sommet étant l’alter ego d’un autre président plus politique cette fois qui affiche son sens de l’articulé verbal pour ne rien dire, depuis cette allure légèrement voutée, costume sans âge et regard très politique qui flotte par dessus les visages qu’elle salue cependant avec précision

L’auteur est d’une timidité convenable, balbutie quelques remerciements, puis se met à lire un fragment semble t il supplémentaire de son texte, il s’agit du referentiel convenu de la place d’enfance qui se réduit dans l’actuel et se prolonge dans l’envolée pompière de l’homme qui toujours grandit, le style est cependant sobre, précis, chacun s’y reconnaît, cette cuvée est réussie

dans le tourbillon de la conscience qui se perd dans la foule d’autres personnages s’éclairent en passant, Charles dont la chevelure perd de son éclat blanc qui entreprend de manière régulière le régiseur d’un chateau visé dans la fascination du groupe comme lieu de fait inacessible d’autant qu’investi d’une forme colloquale qui s’effondre sur elle même, la fille du chatelain qui a modifié en jeunesse son look erre de ci de là, il y aurait de l’orage avec son père, homme violent et assez vulgaire, à la fortune énigmatique, la compagne de l’auteur, éducatrice en marge de toute pratique, et poursuivant il y a peu un rêve ibérique de conquète mexicaine ramenée dès lors dans ce style légèrement mélancolique du psychologisme littéraire, le regard de la conservatrice du musée ne croise personne, mais son arrière vision demeure attentive aux regards qui se poseraient encore et toujours sur sa belle image, il y a ceux qui reconnaissent ou croient reconnaître, ceux qui ne reconnaissent qu’après la bise au président, comme partout

le décor est triste, ce grand hotel collectif a toujours des allures staliniennes même dans ses arrières salles, le président du lieu passe au final, saluer tout le monde, un peu vouté, maigre , épuisé en ce lieu d’excellence conquis par l’inertie des machines électorales, en attente d’un hypothètique ministère, fatigué sans doute de cette gestion épuisée d’une modalité dépassée d’être au monde

la nuit est descendue sur la ville, il ne fait pas trop froid encore, le gris domine dans l’étendue, le temps perdu est trop continu pour espérer une quelconque soumission à la necessité

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