LANG (Fritz) 1890-1976
François Truffaut : «Chaque plan du style de Lang, chaque mouvement d’appareil, chaque cadrage, chaque déplacement d’acteur, chaque geste a quelque chose de décisif.»
1919 : Le Métis (Halbblut)
Le Maître de l'amour (Der Herr der Liebe)
Les Araignées (Die Spinnen - 1ère partie)
Madame Butterfly (Harakiri)
1920 : L'Image vagabonde (Das Wandernde Bild)
Les Araignées (Die Spinnen - 2ème partie) 33
Quatre autour d'une femme (Die vier um die Frau)
1921
Les Trois Lumières, (Der müde Tod)
ou la structure expressionniste à l’oeuvre comme structure
1922 Le Docteur Mabuse, ou le pré-nazisme qui apparaît., la lutte des gangs , le crime et l’état 30 / 40
1923 : Les Nibelungen (Die Nibelungen - 2 parties)
1925 : Metropolis (Metropolis) 26
1928 : Les Espions (Spione)
1929 : La Femme sur la Lune (Frau im Mond)
1931 : M le Maudit ou la morale paradoxale qui signe l’impuiisance de Weimar
1932 :Le Testament du docteur Mabuse, là encore la métaphore de l’organisation criminelle selon une ligne critique ambiguë puisque Goebbels le préférait avec que contre
1933 : Liliom
1936 : Furie (Fury)
1937 : J'ai le droit de vivre (You only live once)
1938 : Casier judiciaire (You and Me)
1940 : Le Retour de Frank James (The Retourn of Frank James) 1941 : Les Pionniers de la Western Union (Western Union)
Chasse à l'homme (Man Hunt)
1942 : Les Bourreaux meurent aussi (Hangmen also die) 30
1944 : Espions sur la Tamise (The Ministry of Fear)
La Femme au portrait (The Woman in the Window)
1945 : Rue rouge (The Scarlet Street) 10
1946 : Cape et poignard (Cloak and Dagger)
1948 : Le Secret derriere la porte (The secret beyond the Door) 19/ 26
1950 : Guérillas (An American Guerrilla in the Philippines)
1952 : L'Ange des maudits (Rancho Notorious)
Le Démon s'éveille la nuit (Clash by night)
La Femme au gardenia (The Blue Gardenia) 17
1953 : Règlement de comptes (The Big Heat)
1954 : Desirs humains (Human Desire)
1955 : Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet)
La 5e victime (While the City Sleeps)
1956 : L'Invraisemblable vérité (Beyond a Reasonable)
1958 : Le Tigre du Bengale (Der Tiger von Eschnapur)
1958 : Le Tombeau hindou (Das Indishe Grabmal)
1959 : Le Diabolique Docteur Mabuse (Die Tausend Augen des Dr Mabuse)
Fritz Lang: «Une chose est sûre. L’art doit être critique; c’est sa force et sa raison. Cette critique doit être une critique sociale, mais pas uniquement. Il y a dans ce monde beaucoup de choses qui doivent être critiquées. On ne peut pas proposer de solution, mais il faut toujours lutter pour désigner le mal. Ainsi mes films policiers américains sont d’abord une critique dirigée contre la corruption. Il arrive également qu’un créateur découvre en lui-même des choses qu’il n’aime pas, et il doit critiquer ces choses.»
Entre Métropolis, M et Mabuse se joue un jeu très étrange qui est celui du montage dans l’espace du discours politique. Ce n’est pas simplement les rapports de Goebbels et de Lang, Goebbels très bon critique justement. Il s’agit du destin des films de Lang de cette époque, la façon de les maltraiter, effacement, les solarisant au point de les rendre sans profondeur, de rendre la lecture des sous titres impossible, découpe arbitraire pour raccoursir du durée de projection au point qu’entre M et un autre il y a un écart parfaitement monstrueux à travers Lang loin d’être le maître du style entre Murnau et Wells est un piètre illustrateur d’histoires mal ficellées et dans le fond au statut idéologique ambigü, sonorisation stupide en un collager soporifique. Disons qu’il y a dans cette affaire une véritable opération de refoulement. Comment peut-on oser supprimer la scène où M se regarde dans la glace tandis qu’un rapport de psychologie criminelle est diffusée? Comment supporter les excès du jeu expressionniste si non seulement des plans “perdus” ne sont même pas indiqués au titre des images survivantes, mais encore si le son est livré à une bleuête décalée? Autant la bande rock qui, si elle perd le référenciel voulu par Lang, redonne vigueur à l’image même si Métropolis évoque alors l’image de fond d’une boîte de nuit. C’est bien la question du montage qui est ici en jeu au nom d’un opérateur ordinaire de marchandisation .
1944 : Espions sur la Tamise (The Ministry of Fear) dont Lang refuse la forme actuelle complétement trafiquée
étrange film qui s’inscrit dans une continuité stylistique, à la fois dans la recherche très précise d’une écriture, pour un scénario ironique quant à Hitchkoch peut être, en tout cas les nazis sont toujours là, le jeu paranoïaque du monde, c’est à dire celui dit de la Guerre Froide, celui la Troisième Guerre Mondiale, qui s’achève certes avec le mur de Berlin, mais plus près avec Wells, fin du cinema tout autant., après nous sommes dans l’ère médiatique, citationnel où progressivement le sujet artistique s’efface dans un jeu de miroirs lugubres puisqu’il s’agit de rendre invisible les ricanements des morts, vérité donc des morts vivants. C’est celui de le Der des Der cette fois qui étend son emprise jusqu’aux limites de la terre, pouvant enfin rivaliser avec la Peste Noire, grâce à ses effets de pollution mais mieux grâce aux pandémies virales qu’elle provoque en décloisonnant les niches naturelles. Lang nous montre d’ailleurs un psy nazi qui écrit un ouvrage sur la psychanalyse du nazisme. Mabuse est le nom de l’Organisateur comme M est paradoxalement le dernier cri de la subjectivité. Mabuse est mort et continue d’autant mieux son oeuvre, le psychopathe acéphale demeure alors le reste du sujet politique
Il s’agit toujours de mettre en scène le meurtre comme premier, originaire. Scène prise dans le jeu des miroirs, vitrine en abime. Le goût ordinaire du meurtre spéculaire. Le sadisme necessaire du rapport à l’autre.
Hitler aimait Metropolis, Goebbels comprenait qu’entre M et Mabuse, il y avait à la fois réalisme formel mais un lien entre idéologie et forme. La description froide du monde fait partie du monde. Le meurtrier face à son impératif incurable demeure pris dans la conjoncture politique. Il n’est coupable qu’au nom de la valeur d’usage. M arrive avant le changement, Mabuse demeure l’essence indestructible du maître d’Allemagne. Il était question d’un psychiatre nazi, le voici là à nouveau, hypnotique, immortel, suivant son programme de terreur totale. Les aventures du commissaire Lohman tel pourrait être le scénario à construire sur la base d’un montage en partie aléatoire. Je ne sais d’ailleurs le lien possible en la conception du montage chez Godard et le cut up.
l’aveugle suit l’enfant
la ville folle
Hitler contre captain America, héros de BD de fait anesthésié, Mabuse est dans l’autre camp ....d’origine
le ministre s’inquiéte
la milice cherche le dernier sujet qui est aussi le premier assassin ordinaire
visage presque invisible du pire tueur de la montée du nazisme
il recule contre les spectateurs face à l’évidence de l’objet
fatalité de l’époque qui renvoie à la séductrice urbaine de l’Aurore
le petit coin de table bourgeois où se rassemblent les joyeux compagnons de la mort moderne
Berlin 32
Berlin toujours
Brecht ou l’optimisme d’une critique pour un autre monde
le figure véritable du vampire
le chef ss rend la justice
la protestation singulière
Loulou comme icone paradoxale offerte à M Jack pour une passion qui efface la logique ordinaire heideggerienne de la mortla danse des couteaux comme logique froide de l’objet
le plan oublié dans une des versions entre l’impératif du crime et la gestion spectaculaire du geste
toujours la face réelle du meurtrier
Brecht donc
la preuve par l’image, le nazi exhibe le sourire étrangement menaçant de l’enfant, le même regard quand elle rend son couteau à M
le psychiatre mabusé complétement contrôlé dans le transfert
tel le serviteur de Nosferatu, à la limite de la folie, près à offrir son corps comme refuge à Mabuse
innocence du geste
le véritable héros de toutes ces histoires le commissaire Lohman
la vie ordinaire
l’incarnation du donneur d’Ordre ou le visage visible du Maître
le meilleur des mondes possible
l’ombre recouvre le nom
que cherche le chef de la pègre sinon la normalisation de la
marchandise
il y a une généalogie des femmes fatales, celle ci, Loulou, l’Urbaine de l’Aurore
le maître épuisé sur la machine
M est localisé, pris à la croyance de cette localisation
lui enfin malgré tout
avant l’enfant pouvait fuir
Mabuse toujours vivant
Beaucoup plus tard Lang fait revivre une fois de plus le criminel Mabuse, c’est son fils cette fois, le plan demeure le même, la destruction du monde, hypnose toujours, multiplication des emboîtements de regard, à travers un miroir sans tain, caméra nazi dans tout l’hotel, mise en abîme du regard, jeu de citations au point qu’on se surprend à réfléchir comme les acteurs du film d’avoir déjà vu joué cette scène quelque part, mais oui c’était dans l’autre Mabuse, mais oui c’était dans le ministère de la peur, la fable semble un peu simpliste, trop réelle dans le fond, le couple amoureux d’un mélo trop direct, Lang s’amuse avec des marionnettes humaines qui errent dans un monde à sens unique. Mabuse est encore un nom de l’Autre. Un pas de plus et il n’y a plus personne justement. On peut dire aussi que Mabuse est devenu président des états unis.
Avec Le Tigre du Bengale, Lang nous propose une sorte de peplum aqux couleurs d’intérieur très kitch, l’Inde d’Hollywood, aux fastes figés pour une histoire d’amour bien peu dense, deux hommes une femme, et le tigre nounours, mais le plus extraordinaire est que tout le monde parle allemand et que la chanson d’amour irlandaise est aussi en allemand. On en viendrait à se demander si vraiment Lang est derrière tout ça
une opinion critique notait quelque chose de la perfection à propos donc de ces trucs indous, le temple donc qui ne rajoute rien à la première séquence sinon que ça se passe dans les souterrains de M sans doute. Il y aurait d’ailleurs matière à étude idéologique, toujours en pensant à Goebbels lecteur de Lang
et donc voici un Richard Eichberg qui a déjà tourné les deux films et dont les bouts de maquette interroge sur la filiation, le rapport au nazisme...Mieux d’ailleurs car Lang avait écrit le film qui fut d’abord tourné par Joe May (un vol en quelque sorte ). C’est donc déjà une reprise pour Richard Eichberg en 1937, ce qui confirme l’arrière fond idéologique de l’affaire
Le premier Mabuse est une oeuvre immense, en durée quatre heures et demi, tout un monde s’y précipite , l’expressionisme du prénazisme, le docteur est donc psychanalyste, hypnotiseur tout puissant, manipulateur du jeu social et donc des rapports, tueur sans scrupule, sans doute affaibli par le désir de la contesse, et finalement rendu fou par la présence de fantomes, morts qui le pousse à devenir vraiment Mabuse puisque que sera de l’asile qu’il va poursuivre son oeuvre.La musique va développer cette thématique autour des variations d’une phrase, formant un opéra où la parole est musique, signant le clivage théatre cinema par la fin du muet.Ce par quoi l’espace analytique demeure celui de la cohérence du sans parole. Tout finit par un bolero ironique
.
Le travail de Lang sur Mabuse recouvre Caligari, Nosferatu, Fantomas... et insiste nettement sur quelque choses déjà présent dans les araignées, le groupe hypnotique, la secte toute puissante
Finalement le film de 43, les bourreaux meurent aussi, reprend ce même thème, résistance populaire au nazisme cette foi, avec Brecht en arrière fond. Petit épisode croustillant , le bureau de censure qui critique le film parce qu’il est question du mensonge, préférant repousser le mensonge finalement que le nazisme, ce qui en dit long bien sûr sur le nazisme de fond de l’American way of life
.
Le secret derrière la porte est un film psychanalytique au pire sens du terme d’ailleurs, en tout cas plus le film avance plus la mascarade interprétative et curative se développe, du Hitchcock de bazard. Il y a toujours chez Lang la juxtaposition d’une écriture précise, complexe et d’une narration à la limite du plus superficiel. Ce point ne tient pas uniquement à l’imposition du scénario mais peut être à l’indifférence à la narration, ce qui va bien dans le sens du cinema comme pure forme si le son n’était pas advenu. L’écart est tracé entre l’homme de raison et l’homme du rêve, or ce dernier est celui du fantasme ici manifeste (trop) “tu es ma femme”. Il s’agissait un peu pour Lang de reprendre quelque chose de la Rebecca d’Hitchcock
Les contrebandiers de Moonfleet sont d’une toute autre texture. Cette fois, Lang doit écrit sur un scénario complétement balisé, c’est à dire qu’il doit faire apparaître le réel au delà du semblant. Il ne peut changer une ligne et pourtant il change toutes les lignes. Il y a quelque chose de la ruse du metteur en scène voulant monter Beckett. Le producteur se rattrape toujours puisqu’il peut toujours tailler dans les plans, faire advenir une fin où le jeune héros retourne sous l’ombre du prètre et non plus face à la mer qui doit lui rendre le père mort à la vie. Lang va donc travailler l’espace autour de principes circulaires où la place tournoyante des places de la camera va multiplier la lisibilité de l’entre lignes. L’enfant pris entre les deux niveaux du monde, les deux lignes de surface, dans le labyrinthe de l’origine, se retrouve donc posé là où l’instant d’avant se trouvait le cercueil de son ancêtre d’où il peut voir, depuis la matérialisation d’un oeil absolu , surgir justement le monde du dessus dans le monde du dessous. Partout des cercles, table de jeu, table où danse la gitane, espace clos du studio où est reconstitué l’extérieur du monde, en fait le lieu cimetière. Ici la contrainte matérielle qui s’ajoute à la contrainte du scénario conviennent parfaitement à Lang qui a multiplié la danse des caméras dans l’étroitesse spaciale. Tenons cette hypothèse qu’il n’y a de cinema que le cinema muet et que tout cineaste qui vient de ce lieu continue à produire l’art étrange de l’image mouvement.
la rue rouge, scarlet street
ou comment tourner La chienne de Renoir à Greenwich Village
film sombre, film désespéré, les rapports humains sont dominés par l’intérêt le plus immédiat, et le dernier des hommes le demeure, prêt à tout pour asseoir son fantasme, il n’hésite pas à tuer dès lors qu’il apparaît pour ce qu’il ait, il ne saisit nullement que le réel de sa peinture est la même chose que le réel de son fantasme et que la fille est ce qui confère à son existence sa pleine portée, après nous sommes dans la logique du pieu à glace. Le final, hallucinatoire, manifeste donc le retour de la scène finale de M, la pègre n’est plus que voix intérieures
big heat
film policier exemplaire, noir à souhait, une société corrompue d’un bout à l’autre et le héros policier qui peut incarner depuis le final une Amérique vertueuse malgré et grâce aux épreuves, mais le goût du sang est entre les mains de cet homme, même avant le meurtre de son épouse, il est pris dans ce rapport froid, opératoire à l’autre qui est le fond de la société décrite
Comme pour tout metteur en scène, un certain nombre d’obstacles vont rendre invisibles plus d’un film. Nous allons donc en rêver plus ou moins les contours et donc souligner au passage des films qu’il faudrait quand même arriver à voir, le contexte expressionniste. Il est question de formes, de pures formes symboliques qui structurent le monde à l’opposé peut être du tremblement de la lumière expressionniste. De ce point de vue il serait fort utile de pouvoir suivre le passage de Renoir à Lang, même si ce dernier n’a pas repris la partie de campagne.
Feuillade, les vampires, Fantomas
les araignées
le cabinet de Dr Caligari (Wiene) qu’il aurait dû tourner
les trois lumières , Der Müde Tod (Lang)
les espions, Spione
la femme sur la lune, Frau im Mond
le Golem (Wegener)
Niebelungen, la vengeance de Kiemhilde (Lang), la rue sans joie(Pabst) secrets d’une âme (Geheimnisse einer Seele, Pabst), le cabinet des figures de cire( Das Wachsfigureenkabinett, Leni), l’étudiant de Prague (Wegener), L’ange bleu ( Der blaue Engel, Sternberg)
Il y a de multiples séquences dans la vie de Lang qui méritent attention puisqu’il est d’abord peintre, voyageur, auteur de bandes dessinées, conseiller aristique d’un cirque, maître de cérémonie dans un cabaret
Fury
il s’agit toujours de traduire le sensible phénoménal du coin de rue, de la coupure de presse, pente socialisante entre Brecht et Goebbels. Il y a certainement la même attitude chez Joyce qui lui semble ne rien oublié de ce à quoi il assiste. Lang filme donc un réel qui demeure hanté par une sorte de totalité où le sujet oscille entre l’hyperprésence du sujet comme chez Wells et le dissolution dans les points de vue comme chez Godard (puisque la pente totalitaire est saturée). La question porte tout autant sur le jeu des formes symboliques qui sont toujours en risque de coagulation totalitaire.
Bien sûr le sujet sensible , c’est à dire révélateur du social comme fait total au sens de Mauss, est tout autant délicat à produire (à priori sur la bêtise du public, point de vue conservateur qui interdit d’abord l’homme de couleur pour finalement le rendre obligatoire en poucentage)
You only live once :j’ai le droit de vivre
you end me: casier judiciaire
la question du comique dans l’espace tragique, l’ours de Shakespeare dans son Othello
le retour de Frank James
Western union
le goût du détail qui fixe l’attention , évite la dispersion sur le décor et signe la présence au réel de la scène, souvenir du temps où justement le cinema n’avait pas les mots mais uniquement les mouvements de camera. Il est possible de mesurer ici en quoi effectivement le cinema pourrait être ce point de vue sur le réel purement iconique.
chasse à l’homme, man hunt
ici il faut chercher un peu à propos de Lang et les femmes
Joan BENNETT
la femme au portrait, the woman in the window
non pas donc une sordide histoire mais une histoire rêvée du sordide du sujet
cape et poignard
the house by the river
american guerrilla in the philippines
l’ange des maudits:rancho notorius: chuck a chuck
toujours les femmes, cette fois la terrible Marlene Dietrich toujours amoureuse de Sternberg; il faut bien sûr suivre le destin de Thea von Harbou, celle par qui l’expressionniste vire au nazisme, ce qui ne semble pas trop mal marcher, elle travaille beaucoup, avant, pendant, après, même avec Lang à propos du fameux Tombeau indou
le démon s’éveille la nuit, clash by night
cette fois c’est l’incapable Marilyn Monroe
la femme au gardénia, the blue gardenia
désirs humains, human desire
reprise de la bête humaine de Renoir
la cinquième victime, while the city sleeps
l’invraisemblable vérité
le mépris
Il est question du cadre, soit de cette découpe de l’espace qui vient comme oeil de la camera, c’est dans un jeu de cache que va s’inscrire l’image mouvement, et l’expressionisme a cherché à user de tous les modes de découpe, que ce soit selon des axes divers, des échiquiers, des déplacements de perspective, des séries de portes en abîme, en forme et en lumière, reprenant une symbolique redondante de couples d’opposition, lumière-ombre, ciel-eau
La couleur viendra effacer les jeux d’ombre, non pas seulement les rendre invisibles mais strictement les rendre impossible et donc faire disparaître les intensités lumineuses qui viennent en avant et à travers le sujet. Le mouvement des formes n’existe que dans la lumière en un combat lourdement métaphysique et pourtant très mécanique. Il y a un mouvement avant tout de chute , plus ou moins en spirale vers un trou central , ce qui ordonne le clair obscur comme au service d’une brume marécageuse qui peut être une lande autour des villes mais plutôt l’obscurité mécanique des robots humains.
L’impératif de la lumière qui devient le fond des choses va se redoubler d’un glissement propre au montage qui s’efforce d’extraire une lisibilité, celle du cadre, sur la matière filmée qui déborde de toutes parts. Il est sans doute commode de poser ici, comme le fait Deleuze, des types de cadrage connectés à des types d’affects particuliers, image perception, plan large, Vertov, expérimental; image action, plan moyen, Lang; image affection, plan rapproché, Dreyer. Bien sûr la prédominance d’un secteur sur l’autre existe toujours plus ou moins , c’est sans doute ceci qui va définir le style. Lorsque Lang et Renoir raconte la même histoire, l’effacité froide de l’un viendra s’opposer à la sensuabilité d’atmosphère de l’autre, de sorte que les mobiles pourront se noyer chez Renoir dans le tremblement des choses. Ce n’est de fait plus du tout le même social qui s’y manifeste.
La lumière du contraste ombre-lumière se tient fermement en opposition à un retrait dans la lumière. Autant dans un cas, le mouvement de la chute pourra trouver un écho matériel auquel va répondre le visage de lumière entre ascension et présence diabolique, autant dans l’autre cas, se jouent les transparences . D’un côté l’Attila des Niebelungen de Lang, de l’autre l’impératrice rouge de Sternberg. La question est alors peut être celui du visage de Marlène.
La dialectique des formes impose un rapport narratif qui tend à dire une totalité formellement organisée. La camera de Lang suit une version compléte des choses. M surgit dans un monde posé comme tel, fortement politique ou psychanalytico-politique. C’est la perfection du montage classique finalisé. Triomphe du style et de l’auteur (Wells), mais l’incertitude du principe et du hors champ vient toujours ouvrir à un montage autre, voire citationnel (Gordon). Une fois toute l’histoire du cinema achevée dans la bouillie médiatique, il est alors possible d’en venir enfin à une forme qui soit conséquente à la structure du parlêtre (Godard)
Une forme opposée là encore s’en déduit, entre un cadre sociologique qui s’explicite dans l’événement ou au contraire une sorte de dilution du sens ponctuel dans un ensemble plus vaste qui dérive un peu plus à partir de l’événement. Là encore l’opposition Lang/Renoir.
Cependant la voix sensible demeure marginale en rapport avec le mode de production américain. Le passage d’un Mabuse à l’autre manifeste la progression d’une lisibilité des scories intrasociaux à une confusion généralisée où le Maître du crime devient ubiquitaire ,universel et donc singulier en chacun, et où l’enjeu de la lutte de pouvoir ne porte plus sur la matérialité des événements mais bien sur les appareils médiatiques d’exposition de l’événement désormais potentiel. Lang lui même revient d’Amérique pour tourner enfin le Tombeau Indou et dialoguer avec Godard puisque l’enveloppe vide de la production américaine amène l’immigration à l’envers pour un temps , Italie, France, Allemagne.
Il y a à travers une usure de la finalité de la narration comme dévoilement. Certes Lang est dans un espace non métaphysique qui peut permettre à Brecht qui cherche une autre vérité de s’y retrouver. Derrières l’apparence, il y a une réalité. Or chez Lang et encore plus chez Wells, cette apparence va demeurer la seule réalité. Si le rideau se déchire c’est pour effectuer un glissement du sens, tout au plus . Deleuze cite Nietzsche “ en même temps que le monde vrai, nous avons aboli aussi le monde des apparences”
Là encore le point de vue de la camera qui situe le monde comme intégrant le personnage ou comme ce que voit le personnage, permet de proposer une dialectique souple où le regard du spectateur peut en venir à être dans une oscillatio identitaire entre objectif et subjectif.. Le passage de la lettre à l’image trouve ici un relais réel de sorte l’homme peut advenir à la composante la plus intime de sa nature. Ainsi de la scène d’amour qui exprimerait le réel dans le non rapport
le hasard des publications permet ces brusques parcours en amont, les Nibelungen, fixité des attitudes muettes, carton du dragon, magnificence des décors, extase du héros, virilité des femmes, sombritude des personnages qui cherchent visiblement une lueur, plongée des effets de foules, nature de studio, perfection des formes, fulgurance de quelques séquences oniriques, surimpressions magiques, cet aspect de théâtre qui malgré la distance déjà très grande pour nous qui sommes noyés dans le son impose le réel paradoxal de l’expressionnisme
la lance du traître jaloux du succès de Sigfred, de ses amours, rusant pour vaincre l’Achille invincible sauf au point où la feuille évite le sang invincible du dragon
le héros presque nu dans la forêt originaire
le voici mort pleuré par sa veuve, avec le roi assez mièvre, le barde et au fond le messager de la mort
le décor de la chasse à l’homme
le témoin de l’amitié qui est plutôt une complicité de viol est aussi l’agent de la traîtrise
Siegfried mort, vient le temps de la vengeance, celle de Kriemhild bien sûr qui va jusqu’à épouser Attila, suit la série des traîtrises complétes, et l’extermination finale, le palais ruiné, ce qui fut moins du goût du Furer. Le truc est sans cesse actuel, Sarkozy pour la caricature médiocre, Chavez et toujours le meilleur Poutine qui ne voit que chacals dans l’opposition à sa personne.
Les espions sont une version de Mabuse mais toute la dimension social a disparu au profit de la lutte dans le coeur de l’héroïne entre son maître faussement paralysé et son amant qui est d’ailleurs un bien mauvais agent secret, tout comme le japonais qui se fait séduire grossièrement par la marchande d’allumettes, les femmes fatales ont parfois des moments transhistoriques, une sorte d’accord entre nazis germaniques et nippons peut se lire, mais malgré la beauté des images ce scénario confus ne soutient guère l’attention relâchée par le muet
Que veut une femme? aller dans la lune avec ses mari et amant, renvoyer le mari et au passage se débarrasser du professeur fou qui cherche de l’or et du nazi au service des capitalistes, pour se faire il faut un décor moderne et des machines comme Hergé les aimera. Le film “la femme dans la lune” est long, lent, les sentiments sont lourds, les gestes expressifs, pourtant c’est le dernier film muet, tout le monde fume beaucoup, ce devait être très amusant de fabriquer des trucs pareils, construire la fusée et son décor lunaire de studio, il manque la matérialisation des extraterrestres, mais il y a assez des nazis
revoir Metropolis , l’extrème présence du film rituel dont tous les plans se succèdent dans la mémoire, l’horizon du monde qui arrive comme fin, le comble de l’expressionnisme et du futurisme, toutes les utopies du monde et leur parfum de camp
la ville monstre
la fausse révolte des esclaves qui aboutit à leur ruine, le monde est un, définitivement
car la machine domine l’humain puisque le cerveau doit être comme un ordinateur
c’est par cette machination que La Femme peut advenir, fatale de fait
Il convient alors de re-citer l’admirable premier Mabuse où les propos feuilletonesques livre matrice de la suite comme le Twin Peaks de Lynch
1949 : House by the River
film étonnant d’expressionnisme retrouvé, noir au possible, un écrivain capable de tout s’enfermant en spirale dans le crime conjugal, un frère estropié et bon, complice malgré lui, la nuit, les ombres, une rivière marécage où les corps ne peuvent disparaître
le film admet un découpage comme de petites scènes à propos desquelles il est facile de proposer un titre
le fantôme de la bonne morte assassinée
le visage du meurtrier
écrire poursuivi par le mort qui revient
trafic nocturne du cadavre
rivalité fraternelle
le retour du corps dans la nuit de l’écriture
scène d’amour perdu, paranoïa et mépris des classes dangereuses
tu es ma femme
coucou c’est ton mari qui rentre te tuer