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lame de fond de Perrine Michel

lame de fond

de Perrine Michel

 

bonne nouvelle, le cinema n’a pas disparu! dans un remake incessant où le baroque Tarantino puise son effet, dans une numérisation et une prouesse technique sans auteur, sans le pistolet d’un Fuller qui lance le moteur, ou le travail d’un Welles à sa table de montage, dans un documentaire fictionnel à travers lequel se reproduit l’idéologie de masse de la marchandise, ou plutôt il existe une contre histoire du cinema qui ne s’épuise pas dans un néo cineclub mausolée universitaire, une contre histoire qui comme l’a montré Godard dans ses histoire(s) invente sa mémoire et sa forme.

Nous voici captifs de quelque chose qui n’est pas un récit, qui s’y refuse, qui est bien au delà, nous ne sommes ni dans les montages de Dali pour la maison Edwards, ni dans Choc Corridor, au coeur d’une clinique tout autant qui a compris les écueils du journal du wolfman et du compte rendu de Freud, les deux flux des images et des sons ne nous laissent aucune possibilité que celle d’y lire notre propre lame de fond, traversée de la mémoire, des mémoires, entre l’effroi de l’enfance et ses échos institutés dans les asiles de l’existence, une voix, parfois multipliée nous accompagne cependant au coeur des fantasmes et des mondes aliénés pour nous rappeler que l’obscur de l’affect n’est pas raison et qu’il convient de traverser ce monde de cauchemar les yeux ouverts , de sorte qu’il faut bien rendre compte dans l’invention formelle, jouer des images fixées, des flous sur une nature sauvage, une ville acéphale jusqu’à l’asile où se construisent les hypothèses d’une métapsychologie de secours, car il n’est plus temps de manifester le rêve comme un bouclage en séquences narratives visibles, cet effet de retour obscur du texte en images, il s’agit d’être au plus près d’une substance signifiante déchainée, ironique, insistante qui n’ouvre sur aucun semblant d’un trauma enfoui mais bien sur ce que la langue échappe à désigner, d’un réel

La maîtrise tremblante de tout ceci porte écho d’un étonnement, celui de sa propre audace, oser construire une machine désirante depuis le lieu de son repli

que faire maintenant de notre propre lame de fond, cette exigence tranquille pour un spectateur décillé, d’autant que sa mémoire a depuis longtemps pris racine dans un montage de vies si proches, de séquences filmés, de tableaux, allons nous en écho poursuivre le texte de notre poème sur des souvenances de Cassavetes, Tarkovski, Antonioni, retenons une rêverie, la bande nos copains conséquents Artaud, Célan, Kiefer... allons au cinema regarder encore le final de l’éclipse

je n’ai aucune mémoire de l’éclipse, je me perds dans une mémoire saturée, il faut revenir bien sûr à l’élémentaire et peu à peu comme dans un demi sommeil le souvenir revient, net comme un rêve, au delà du récit qui importe bien peu, là directement dans le champ effrayant qui s’ouvre devant, cette peur, alors il faudrait faire, image par image, lentement comme ces voiles déposées sur le sensible , toujours devant

 la lecture infinie

elle est dans le paysage , dans le présent de son être, disponible et fermée

 

tout se joue dans un espace vide, au pied d’un champignon de béton qui voit tout ce qui se passe, auprès de palissades et de constructions ou de soutien d’immeubles qui ruinent

 

très exactement à un carrefour où il revient la chercher, où elle revient pour qu’il la cherche, tout près d’une barrière de paille que l’on découvre de plus haut

l’essentiel se joue dans le détail des choses, après, il se dit que l’éclipse vient après la nuit, pourquoi pas

une certaine pudeur, une crainte sans doute ne prend assise directe de la lame de fond? s’immerger dans les formidables collages?

nous attendons les suites de ce regard

Perrine, merci

 

post script

sans doute à revoir, dans une vraie salle, quelque chose change, se déplace, c’est comme se souvenir et ne pas se souvenir, invité à savoir, ne pas savoir, être dans la texture d’un récit, plus que dans un récit, ce mouvement en deux temps et un bref épilogue, d’abord c’est un bruissement d’enfance qui, à travers une nature tremblée, embuée, monte en séquences de plus en plus chevauchées vers un hurlement où l’impossible se fait visage , c’est un défit à l’écriture et au dessin, en tout cas cela parle au bout des doigts, comment transcrire parole/image en texte/dessin? un défit rapidement saisie par la marche dans la ville cette fois entre d’autres bruissements à travers lesquels chercher le sens de tout ce qui arrive, car le sujet pris à la tourmente de ses spectres se met aussitôt à dire le politique de chacun, et ce n’est pas le bruit alors de l’enfermement qui va pouvoir faire taire ce qui délire le monde à travers soi, loin des cachets, c’est l’enchevêtrement des fragments animés qui va permettre que le corps reprenne forme dans le semblant des villes, la porte s’ouvre sur ce qu’il va falloir créer maintenant, étrangement la clinique est aussi invitée à dire comment elle pourrait lire l’ouvert d’un nouage commun entre le corps, l’image et la langue, toujours Joyce, Céline, Pessoa et quelques autres

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