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Das Unheimliche

 

Das Unheimliche

 

Au champ sixième de l’Eneide:” tout d’abord il entend des voix et un immense vagissement, les âmes des enfants qui pleurent, de ces petits êtres qui ne connurent pas la douceur de vivre, et qu’un jour de malheur arracha, au seuil même de l’existence, du sein de leur mère pour les plonger dans la nuit précoce du tombeau” Ceux ci témoignent donc  des ombres errantes que semblent chasser les lueurs de l’aube mais qui demeurent , transparents, sans nom, gazés, disparus, dans cette attente de rien, la pure présence au seuil du quotidien. La lumière les chasse , phallus qui organise le déchaînement signifiant pourtant présent au différentiel de chaque mot, ce réel non pas second dont toute fantaisie supporte le leurre père-vers mais bien ce point premier où la lalangue prend source et clôture. Les ombres ont laissé derrière leur corps de sable, golem au front effacé. L’attente close du nom premier imprononçable. 

L’ombre revient cependant, au midi des choses, épaisse, lourde, violette. Elle tranche dans l’éclat du Beau, son  inconsistance. Quelque chose d’effrayant qui surgit à l’heure de sieste. Cette présence de Die Sache qu’aucune chose ne soutient. La familier s’y effondre, le signe tout autant, l’objet demeure sans signifiant et le signifiant sans recours. La fantaisie ne peut plus soutenir le continu. Le nombre se fragmente jusqu’au chiffre du sujet, unique

schatten-heimlich, fumée de cheveux

Les choses quittent le langage mais tout aussi bien les choses s’animent étrangement, l’automate s’anime, la pure mécanique du signifiant  à plat sans imaginaire, le chiffre auquel se réduit la formule au fond de la gorge d’Irma.

L’Homme au sable , la poupée Olympia à travers lequel se leurre le héros, c’est à dire à travers laquelle i(@) devient @, Olympia n’est pas Odette justement. L’oeil est arraché. Demeure l’invocante première , y’a du S1 et donc du S2, premier nom, celui de l’Unheimliche.

“ c’est un homme méchant, qui vient auprès des enfants quand ils ne veulent pas aller au lit, et qui leur jette du sable à poignées dans les yeux, de sorte que ceux ci jaillissent de la tête tout sanglants, alors il les jette dans un sac et les apporte au clair de la demi-lune pour en repaître ses petits enfants”

Oedipe voyant aveugle, il parle enfin, castré. L’espace imaginaire soutient le moi de sa puissance totalisante, le laissant jouer de ses fantaisies $<>i(@), au point de carrefour phobique où i(@) ne renvoie aucune image. Paradoxalement il n’y a aucun chemin fantasmatique vers l’autre au titre de $<>@, autre qu’un narcissisme justement aveugle, une parole extrème, poème d’origine.

Si l’incertitude quant au caractère animé de la chose demeure au principe de la présence du réel propre au parlêtre, nous avons là la matrice d’un mythe à écrire, L’Autre surgit en écho au cri dans la grotte qui est refuge mais qui peut très bien cacher l’ours dévorant, et les ombres portent toutes le secret de cette présence/absence de ce qui n’a pas encore de nom, mais qui creuse une découpe dans le cri. La chose parle, comme de l’intérieur, premier rêve, premier signifiant. Il conviendrait d’écrire ainsi les prémisses du texte de Freud, Totem et Tabou.

L’animation des choses ne se distingue de celle de l’autre, double dès lors doté d’une sorte d’intériorité du cri, écho persécutif primaire, élan meurtrier, sauf à tempérer ceci de cet Autre qui environne l’espace de toute part. Premier meurtre, l’autre retourne à l’inanimé qui parle de l’intérieur, second signifiant. Et donc déjà répétition du premier, le S2 est construit logiquement comme le S1 qui est signifiant de rien, sur le mode de la construction du 1 à partir de l’ensemble vide, mais en même temps le signifiant est différent de lui même, pure différence d’entre deux signifiants seconds c’est à dire phonématiques. C’est cette première trace psychique qui va s’inscrire sur la paroi et de là ouvrir au phonème, c’est à dire à la voix de l’Autre, donc à son Nom.

L’incorporation de l’autre tué vient attester de cette incorporation du signifiant et de son automaton, mais dès lors l’image animique incorporée est porteuse de cette mort de soi dont toute chose atteste l’unheimliche. D’ailleurs parenthèse des parenthèses indique sinon démontre que l’automaton signifiant peut engendrer une structure ternaire qui va envelopper le dispositif frontal d’origine d’imaginaire. Darmon a prolongé l’écriture de Lacan jusqu’à la tresse borroméenne. La question reste ouverte de savoir selon quel mode il serait possible d’engendrer un autre type de nouage, ce qui doit porter sur les opérations de transformations d’écriture qu’effectue Lacan. En tout cas l’imaginaire engendré par l’automaton permet de masquer le réel du refoulement primaire, ce que montre d’ailleurs le noeud borroméen puisque le signifiant s’y décline selon RSI laissant le lieu du nouage hors signifiant. 

Il y a un aspect de la répétition qui dépasse le constat d’une sorte de logique enfantine, un point au delà du fantasme où le chiffre du sujet se déroule hors subjectivité et que l’imaginaire cherche à saisir au bord de la représentation. Un automaton chiffré, ce sur quoi insiste Freud, qui suppose en tout cas de sortir d’une vision naturelle du nombre, ce qui rejoint justement ce que dit Freud “ on parvient à discerner la domination d’une compulsion de répétition émanant des motions pulsionnelles, qui dépend sans doute de la nature la plus intime des pulsions elles mêmes, qui est assez forte pour se placer au delà du principe de plaisir”

L’angoisse n’y est pas sans objet comme dit Lacan, @ et non pas i(@)

 

En fait le nouage du parlêtre résiste à cette évidence de la présence réelle, dès lors que comme nous l’avons lu chez Lacan, ce qui pourrait être le plus proche de ceci dans l’ordre du signifiant serait la privation qui est une opération réelle portant sur un objet symbolique grâce à un agent imaginaire; privation, castration et frustration sont de  plus noués ce qui rend la distinction d’une opération impossible, autrement que dans un déplacement incessant, comme l’interprétation, selon l’impératif du fantasme.

l’Unheimlich vise ainsi ce qui signe un refoulé à la fois biographique c’est à dire lié au circonstanciel du jeu signifiant et à ce qui, d’origine, en est exclu comme ce qui permet le jeu signifiant.  Le sans fondement, le pas de sens , le hors sens radical qui ici se manifeste trouve secours en une élaboration secondaire où les Geheim-kräfte, les forces occultes , les dieux obscurs jungiens du religieux côtoient la sublime esthétique d’une sémiotique continue, la voix pure de l’Autre, proprement hallucinatoire. Sans doute convient-il de pousser plus avant l’historicisme freudien lorsqu’il évoque un familier marqué d’un Un, pour signer par exemple que l’après coup fantasmatique du matériel historique vise à construire une semblance en avant de la Chose.

 

 

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