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Alcoove sur les pas d Alina Szapocznikow

 

Alcoove

sur les pas d’Alina Szapocznikow

 

un choc immédiat, l’exigence d’y voir au plus près, cette traversée qui fait sens évident, un cri pour le coeur qui ruine dans ce trop vite qui souffle le vivre, 

dévoration comme cette attente interminable des êtres intermédiaires errants et sans pitié qui peuplent les zones de non droit, tandis que s’agitent les fantoches lugubres qui font courroie à la reproduction spectrale des choses mortes

 

la grande bouche posée en sa coupelle attend l’étanche, sans adresse que sa présence colorée, un petit dessert donc

 

il faut laisser de côté cette histoire de Bergen Belsen qui tend à recouvrir d’un faux discours l’invention formelle, pourquoi pas parler de maladies tout autant, l’effet pas la cause, le dessin soumis à l’épreuve de l’irreprésentable ne peut que chercher à faire venir une verticalité organique nouvelle, loin des effets formels, les herbiers sont résine de corps ainsi écrasés ou plutôt en souvenance d’un contenu, le corps bascule vers le dedans comme une épouvante d’être sur ce socle qui hurle, rien ne vient épargner la fiancée folle, son mariage encore moins, ne restent que les lampes bouches et le corps amputé d’un sein, gonflé de perfuses et de peur

 

alors il y a des amours, alors il y a des sourires face au grand vide de la peau retournée

alors il y a les trucs de l’Histoire, des histoires comme drapeau des fournaises trop brèves  

 

le corps se fragmente selon un plan insu grévé par le maître académique, les fragments viennent se nouer aux restes machiniques, images très supposées des corps soumis aux bombes, un érotisme souterrain vient faire surface et imposer une lecture nouvelle captée par le leurre du genre, c’est étrange comme la machine à décérébrer trouve toujours matière à méfaits, Goldfinger est pourtant de toute autre tenue, le réel étouffe sous les feux du massacre qui ne cesse de perdurer dans le soft consommable, le lisse conceptuel ou plasticien évite l’informe matériel, les souvenirs viennent coller au corps comme autant de questions qui portent sur les frontières, la vie s’échappe et revient sans cesse, tumeurs comprises, ce débordement clos par le rite, la créature dans le film de Wlodarczyk erre son inclinaison sous un ciel encore noir, les bouches sont comme des fruits, structures molles figées dans leur chute

 

mais si la lettre est suspendue, comme le trait, le vide médian reprend ses droits radicaux, frappant machine des brassements fantômes, à la recherche des objets laissés par l’usage du vivant, dressés à répondre du peu d’existence qui ne cesse de fuir en elle même

 

d’accord il y a la série des photosculptures, sans aucun ordre que ce hasard construit qui gronde derrière tant le bel objet que sa négation épuisée, le vrac des photographies vient attester de la fournaise du chemin, l’imperfection de la coulure chemine dans l’ouvert disproportionné  de l’accident, le polyuéthane est le corps même féminin non borné ,

 

et les chimères de la nuit montent aux cris d’entrave sur les pentes moutonnées de frais, 

cette fois le corps décroche du possible, torpeur du déchet

et les portes closes résonnent des rires étouffées des bêtes originaires, malgré les tentatives toujours vaines du toucher

la voix se fait opaque comme sur une bande magnétique ralentie ou inversée,

 aucune liqueur forte n’en retient l’émotion

il n’est d’effluve que le commandé, et malgré les fleurs, le printemps est un lointain d’orbites vides 

le galop ne forge brise que des lettres qui énoncent l’immortelle de Dante

le refus n’est point le jeu enfant des larmes, le croisement indu des mains mais la froide détermination de la langue qui dénoue ce qui se pose comme au delà du factice  

parole et chevelure se croisent et s’oublient

face aux volets rouges, il y a des fleurs jaunes et un grand arbre, chêne vert sans doute, au pied duquel chantonnerait là aussi la pulvérisation de l’art,

 les conditions de clôture finalement vous nécessitent une force bien plus grande, rendant problématique dans la perte organisée du temps le recueil impératif

l’ossature se défait comme autant de fragments sans lien avec le projet qui finit pas oublier ce qui le pousse

le ciel au dessus comme seul limite dans les débris de l’atelier disjoint, 

bien sûr il pleut de rosée neuve comme sourd la chevelure au flanc de givre

et Pablo n’est plus qu’un cadavre examiné

quelques traces moléculaires, plus un seul mot, 

 « Je veux vivre dans un pays où il n'y ait pas d'excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres soient seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.»

bien sûr les étoiles, bien sûr la pourpre des noces sauvages

bien sûr ce printemps qui ne fait renaître rien

à côté des défunts dans l’ombre de la vie

 

il y a toujours les lignes qui se peuplent de vert , 

cette présence qui chaque jour s’efface plus avant, 

l’insupportable demeure à terme malgré la ruse

tout comme le chemin de fer de Vientiane à la frontière chinoise et de Savannakhet à Lao Bao, 

le pays des hommes traversé par la fureur économique

et puis Maurice Ravel opéré à mort , cette fleuve du matin gris

 

et la photographie fait plus que dupliquer l’oeuvre, 

elle la fait consister au seuil de son être, l’instant de son réel pour peu que sa matière organique se rit du temps muséal

 

une goutte de sang leurre vermillon d’un souffle 

la lumière crève l’étendue

et ce son articulé phocéenne l’azur

fixité qui mauve

le monde pluie pour de bon malgré l’aurore de chemin qui fuit toujours devant

 

c’est étrange, la main effrite son geste las

le moulage photographie le corps chose, section du temps, son corps comme unique lieu, lieu voué au déchet, déjà fait de déchet, corps déjà cadavre relevé de l’informe comme tout objet quotidien qui cache la présence de l’être, le polyuréthane emporte les fragments corporels et l’hésitation du dessin, rien n’est plus reproductible, la main de l’artiste demeure hors du commercial qui se théorise d’absence, au contraire chaque fragment témoigne d’un objet secret hors champ, présent, quelque chose a eu lieu,

 et l’enfant chantonne sur la rive du déporté,

 lèvres ouvertes de pitié

 

il demeure ce bruit de bottes sur fond de rage, le beau est insulte à la pensée, tout explose en autant de questions locales, les morts refoulés font retour dans l’épaisseur des formes, témoins inclus dans l’informe, ineffable qui trouve le juste de sa présence, toute enfance vient flotter dans ce temps, comme les portraits de Fayoun, plus loin cependant

 

la gestuelle furieuse des océans poursuit des effets de tombe où gît la langue qui ne fleurit que de pauvres effets de fantasmes usés,

 et le rossignol des fontaines chante toujours même s’il est un peu mécanisé par les nécessités du marcher, 

il y a même des projections video qui simulent le vol des abeilles mortes depuis

 

écrire, lire, dessiner, risquer la forme à peine possible, la transposer peut être, ce qui suppose quelque maîtrise qui aussitôt se disjoint furieusement, ou se compose de fond de terre, oublié, érotisme natif qui oscille entre l’abstrait qui pose et le figuratif qui travaille la peur, qui va plus loin que le morceau démembré jusqu’au grouillement des cellules cancéreuses, tuberculeuses, nazies, le passage à la matière est toujours brutal, Rodin est toujours devant dans le désespoir de ses dessins où la couleur le dispute avec le trait comme autant d’incertitude sur la combinatoire viable d’un corps

 

cisailles, flux coupé, main perdue,

 la séquence suit sa route parmi les sables ,

 là surgissent des bestioles sans âge, dévorantes à souhait et jetant le poème à l’oubli

 

la beauté d’Alina, son sourire au milieu des inachevés, inachevables, survivante libre du baptême du désespoir, stérilisée par l’antituberculeux expérimental, juive, expatriée , fougueuse, amoureuse, toujours, il demeure deux pentes dont l’intrication serait l’abstraction du je et donc l’intrication du critique dans le processus, il convient de demeurer dans la rugosité matière, là où pleure la chose, la lampe bouche est ainsi du figuratif conceptuel puisque l’érotisme, la valeur et le fétiche s’y trouvent bouleversés, l’empreinte alors est au plus près de la présence-absence, un for da matériel, et puis Monette est morte en début d’après midi, ce 10 avril

 

les matins se souviennent des hautes haies et des fumées qui portent loin le flambeau de ces amours qui invitent au demain, 

à l’oblique éreinté du murmure du renoncement, 

et pourtant est-ce autre chose que ruine qui ponctue la marche dans la semblance fugitive des êtres, un objet égaré ou perdu

 et l’esprit se coagule sur ce point livrant les spirales noires du deuil comme autant de morceaux qui pulvérisent l’esprit 

 

un tourbillon de poussière s’annonce vers l’est, 

il vient tempérer cet air glacial qui échappe au sourire et des nuées d’enfants rapiécés courent, les orbites ouvertes, pour dévorer ce qui reste des repas, 

leur nombre fait leur force, leur nombre et notre nuit, 

au fil de l’absence de l’autre comme de nature, en sa présence surtout , impitoyable, 

cette promesse déjouée dans l’oeuf aux milieu des corbeaux, 

d’accord il ne sera plus jamais question du désir, plus jamais, en principe du moins, il suffira d’être un peu vigilant pour une fois, ne pas se laisser prendre par le bruit des sorcières à la porte 

Filet d'un serpent des marais, bous, et cuis dans le chaudron, 

Oeil de lézard, pied de grenouille, 

Duvet de chauve-souris et langue de chien, 

Dard fourchu de vipère et aiguillon du reptile aveugle, 

Jambe de lézard et aile de hibou ; 

Pour faire un charme puissant en désordre,

Bouillez et écumez comme un bouillon d'enfer.

son cadavre toujours qui marche malgré tout, 

depuis l’enfance ou même avant, 

déjà dans les  tripes maternelles comme ombre des lignées obscures, 

aucune fuite que cette errance de glace à la surface des mers de brume, 

on peut accélérer la plume, les pages ont défilé finalement jusqu’à leur terme ouvert, 

non! fermé, c’est cela fermé, 

et les doigts ne rencontrent aucune surface malgré ce qui avait été annoncé dans un souffle maladroit, 

personne ne franchit le seuil de volupté, 

personne, 

hors les hauts murs de granit sombre , 

personne ne vient d’ailleurs jamais dans cette lande, 

aucune danse bacchique, aucun chant, 

juste le vent  qui souffle à travers les sapins, 

scie de cendres, 

voilà dans l’offrande des mains coupées, 

les anneaux de l’esclave broussaille le jeu du sexe

  Redoublons, redoublons de travail et de soins :

Feu, brûle ; et chaudière, bouillonne.

 

ce qui est étrange est le dessin d’après sculpture plus évident que l’ébauche que la main a alors du mal à tracer, comme s’il n’y avait dans le fond aucun moyen d’anticiper la forme, la main ne rencontre la forme qu’après, ce n’est pas vrai pour Rodin, il faudrait voir des dessins de Camille pour vérifier cela , 

mais les hautes futaies jalouses retiennent le souvenir, 

encombrent le mouvement à travers les exigences toujours renouvelées du factuel, 

impossible dès lors de percevoir les anges et tout ce qui va avec et qui n’a rien de religieux, 

parfois le poème ou le dessin découvrent cette présence rieuse de l’être, 

les dieux antiques au creux du chemin

 

et les dépouilles des insurgés de Varsovie collaient aux débris brûlés des édifices, 

dérisoires comme les cendres labourées de Treblinka, 

l’exposition érotique cannibale d’une jambe, 

la transparence organique de lumière intérieure, 

polypes et tumeurs, 

l’instant aveugle des herbiers de l’enfance

 

et il faudrait peut être poursuivre plus avant maintenant que le rite fut célébré et que les oiseaux sans ailes ont parcouru trois fois la rive recouverte de mazout, mais la force se gaspille au bord des restaurations sans forme et le matin fait remonter les fosses, derrière les images dorées, killing fields de Phnom Pros

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